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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 16:58


Le prix international qui promeut les valeurs de la diversité, récompense chaque année deux personnalités ou deux institutions. L'occasion d'une petite visite culturelle dans le « Londres arabe »

Cette année, le prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe est algéro-britannique. Encore une fois car ce n'est pas une première pour l'Algérie, déjà honorée en 2005 par l'institution onusienne. C'était alors le journaliste et romancier Tahar Ouettar (1936-2010), fervent défenseur de la langue arabe, qui recevait cet hommage.

En 2013, c'est au tour de Mustapha Chérif. Le grand penseur algérien et membre fondateur du Groupe d'Amitié Islamo-Chrétienne vient en effet d'être récompensé pour son travail en faveur de la promotion de la culture arabo-musulmane et du dialogue inter-religieux notamment.

En revanche, c'est une première pour le Royaume-Uni qui abrite dans la City de Londres l'Arab British Centre, co-vainqueur du prix Sharjah et première organisation à être primée. Une cour élégante à l'écart de la frénésie de Fleet street, artère bouillonnante réputée pour avoir hébergé pendant longtemps le fleuron de la presse britannique, une façade d'immeuble aux briques rouges comme il en existe tant à Londres, une sonnette d'entrée... Et nous y sommes. La culture arabe au cœur de la capitale britannique a son écrin. Lieu modeste et chaleureux, l'Arab British Centre, créé en 1977 par d'anciens diplomates britanniques dans le but de promouvoir une meilleure compréhension du monde arabe, est animé par une équipe aussi réduite que dynamique.

C'est incontestablement une porte ouverte sur le monde arabe, avec une réelle volonté d'être accessible à une majorité de visiteurs. Un des grands succès de l'année 2012 : le festival Safar, un voyage à travers le cinéma populaire arabe, réalisé en partenariat avec Dubaï International Film Festival. Voyage au cours duquel, l'on pouvait découvrir la merveilleuse Soad Hosni dans Khalli balak min Zouzou ou encore l'hilarant Adel Imam dans Al irhab w-al Kebab. Tous en version originale, certains de ces films cultes dans le monde arabe étaient diffusés pour la première fois sur un grand écran britannique.

Imogen Ware est chef des programmes au sein du Centre. Jeune diplômée britannique en langue arabe à l'université d'Oxford, elle explique le succès de ce festival : «depuis quatre ou cinq ans, nous avons remarqué un intérêt croissant à l'égard du monde arabe, les gens sont curieux, intrigués et veulent comprendre cette culture». Et de préciser: «l'art et la culture sont des moyens plus humains et plus beaux pour faire découvrir cet autre univers; d'autant que le public est fatigué des discours politiques et religieux concernant le monde arabe, discours négatifs répétés à outrance».

Il semblerait en effet que la capitale britannique soit friande de culture arabe depuis quelques années et notamment de son art contemporain. A l'image du festival Shubbak, lancé par le maire de la ville Boris Johnson en juillet 2011, et qui expose les créations d'une centaine d'artistes arabes aux quatre coins de la ville, accompagnés de salons littéraires, conférences, représentations de théâtre et de danse et de projections. Tout un programme qui, avec le concours de l'Arab British Centre, devrait ré-enchanter les rues londoniennes cet été.

Et, non-contente de ce succès estival, Londres accueille également à la venue de l'automne le festival Nour of Arts, dont l'Arab British Centre est un partenaire majeur. Un événement qui a lieu dans divers établissements culturels londoniens. Une occasion de découvrir des créations pluriculturelles du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, dans les domaines littéraire, cinématographique, musical ou encore du design. Que nous réserve le festival en septembre prochain? Il nous faut nous armer de patience pour en savoir davantage.

En attendant, la 11ème cérémonie de remise du prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe aura lieu aujourd'hui en soirée, au siège de l'UNESCO à Paris, en présence de Mme Irina Bokova Directrice générale de l'institution. A cette occasion, une réflexion autour de la «place de la culture arabe dans le monde de demain» sera proposée et animée par diverses personnalités dont Sheikha Bodour bint Sultan Al Qassimi, fille de l'émir de Sharjah. Une réflexion à laquelle le Royaume-Uni semble déjà bien préparée.

En effet, cet engouement britannique pour la culture arabe devrait se poursuivre en grande pompe, sous le signe du projet Qatar-Uk 2013, coréalisé par le British Council et le Qatar Museum Authority. Sont au programme, une série d'évènements afin de favoriser une compréhension mutuelle des deux populations et de leurs traditions et promouvoir un partenariat toujours plus riche entre les deux pays. Arts, science, sport, éducation sont autant de thématiques parmi d'autres qui seront au rendez-vous, à la croisée des cultures. Belle perspective pour l'année 2013. A suivre.

Le Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe

Créé en 2001 sous l'impulsion du gouvernement de l'Emirat de Sharjah et de Son Altesse le Sheikh Sultan bin Mohammad Al-Qassimi, le prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe commémore la désignation de la ville de Sharjah en tant que Capitale culturelle de la région arabe en 1998.

En accord avec les principes de l'UNESCO en faveur de la promotion de la diversité culturelle, ce prix récompense tous les ans deux personnalités (ou institutions), l'une originaire du Moyen-Orient, de l'Afrique du Nord ou de la Corne de l'Afrique; l'autre d'une autre région du monde, qui, par leur travail, ont contribué à faire rayonner l'art et la culture arabes et ont favorisé un dialogue interculturel créatif.

 

Article paru dans Le Quotidien d'Oran le 25 avril 2013

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5182184&archive_date=2013-04-25

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Published by Lola Gazounaud - dans Monde arabe
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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 13:33

 

  Il est sou261994vent affirmé que l'Islam ignorerait la distinction du politique et du religieux. Quand on retourne à l'aube de l'islam, le Prophète, chef spirituel et politique, appelait effectivement à la guerre comme à la prière. Alors qu'en terre chrétienne, la séparation du pouvoir temporel, l'Empire et du pouvoir spirituel, l'Eglise, fût immédiate. Aujourd'hui, il est reproché à l'Islam son échec dans la tentative de créer un Etat moderne démocratique, qui, s'opposerait à l'Etat islamique régi par la Shari'a. Selon certains, cette absence de réparition des rôles entre le politique et le religieux est de nature structurelle, ou plutôt inhérente à l'Islam.

 

        Dans leur ouvrage, L'Islam en dissidence, Gabriel Martinez-Gros et Lucette Valensi,  qui ont dirigé jusqu'en 2002 l'Institut d'études de l'Islam et des sociétés du monde musulman, parcourent l'histoire de l'Etat islamique. L'originalité de leur démarche réside dans leur point de vue décentré, qui s'éclaire de l'anthropologie du grand historien et philosophe d'Afrique du Nord, Ibn Khaldoun. Selon lui, le recours au religieux est  minime pour comprendre les mécanismes de l'Etat islamique. Il existe néanmoins bel et bien une répartition des rôles dans l'histoire de l'Etat islamique, elle n'est simplement pas la même. 

 

        C'est dans l'opposition entre bédouin/بدوي et sédentaire/حضري qu'est à rechercher l'équilibre de l'Etat islamique. Opposition pas si tranchée puisque la constance de ce système de gouvernement a perduré grâce à la confluence de ces deux mondes antagonistes.  Le sédentaire est un urbain, du mot arabe hadari, celui qui vit dans un espace urbain où un pouvoir politique prélève l'impôt et offre sa protection, le sédentaire est donc désarmé. Le bédouin, badawi, ne connait pas la civilisation, l'urbanité (hadaara). Aucun pouvoir politique ne le guide: pas d'impôt; pas de protection. Ce sont les liens claniques qui règnent, la solidarité naturelle envers les siens, l'asabiya, comme le dénomme Ibn Khaldoun.

 

        La rencontre entre ces deux mondes forment l'Etat islamique. Les bédouins, force guerrière, conquièrent les territoires. Mais, une fois le pouvoir installé sur un peuple conquis sédentaire, le pouvoir d'origine arabe et tribale affaiblit et éloigne les bédouins et s'allient aux sédentaires, pour créer une administration qui fonde l'Etat.  Ainsi, s'entremêlent ces deux groupes distincts, qui se transforment mutuellement. Les bédouins suivent l'appel d'un chef qui vient de la ville, et deviennent maîtres des villes conquises. Ainsi, les bédouins entre dans le monde urbain grâce à la puissance de l'asabiya qui rassemble une force guerrière considérable et fondent les dynasties. A l'inverse, les sédentaires, pour qui la monarchie est à la base de leur existence sociétale, se trouvent exclus de celle-ci, d'origine bédouine. Les sédentaires tiennent cependant une place significative dans l'Etat islamique. En effet, les bédouins ne sont pas des fondateurs d'Empire, ils ne connaissent pas de pouvoir central. Ce sont les peuples conquis sédentaires qui mettront sur pied l'administration de l'Empire des Arabes. De plus, habitués à payer l'impôts, ces peuples, comme les Chrétiens du Levant, ont largement encouragé le triomphe du khalifat arabe.

 

        Le Prophète s'entoure de bédouins, qui ont suivi l'appel de La Mecque et conquièrent la péninsule arabique. Mouawiya, le premier khalife de la dynastie des Omeyyades ( VIIème) ,qui continuent les conquêtes musulmanes avec les bédouins,  s'appuit sur les populations indigènes sédentaires de la province de Syrie pour affermir son pouvoir contre des Arabes rivaux. De même pour la dynastie des Abassides, descendante de l'oncle du Prophète, donc arabe, qui sera grandement soutenue par les Iraniens, qui ont, à cette période énormément influencé l'Empire arabe à tel point que le géographe arabe Ibn Hawqal considère le khilafat  comme successeur de l'Empire des Perses. C'est toujours avec des soldats persans que les premiers khalifes de Bagdad se protègent de leurs descendants arabes.

 

        Au IXème, le khalife al-Mou'tasim met fin à la puissance militaire arabe et achète des esclaves turcs, lui-même est le fils du khalife Haroun al-Rachid avec une concubine turque. Il éduque ces esclaves à la guerre. Ce sont désormais des "étrangers", des "infidèles" qui dirigent le corps armé de l'Islam: les fameux mamelouks, hors de la société urbaine, élevés pour combattre et qui exprime la terreur de l'Etat. Les sociétès sont séparées de leur souverain par cette armée culturellement très distincte. Cette nouvelle gestion du pouvoir  se poursuit avec l'Empire ottoman, qui crée le corps des janissaires: Slaves, Caucasiens. Cette servitude militaire remplace les bédouins au moment où l'asabiya tribal est en déclin. Les soldats-esclaves sont pour ainsi dire,  des bédouins domestiqués, le lien d'asabiya ne représentant plus de danger pour le pouvoir. Cependant, l'opposition originelle demeure. Bédouins ou mamelouks, l'Etat islamique s'est maintenu par le biais de la force guerrière volontairement restreinte aux confins. Ces réserves de violences servaient à  soumettre le centre aux règles sédentaires.

 

        Ainsi, reprocher à l'Islam l'absence de séparation entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel serait comme la négation d'une spécificité islamique dans l'organisation du pouvoir. La théorie d'Ibn Khaldoun permet d'évincer le filtre culturel occidental qui peine à admettre cette autre réalité à deux facettes, entre bédouins et sédentaires.

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Published by Lola Gazounaud - dans Monde arabe
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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 19:08

        Ce documentaire présente les travaux de Jack Shaheen, à propos des stéréotypes diffusés par Hollywood sur les populations arabes. Jack Shaheen, professeur Emérite à la Southern Illinois University, est un spécialiste de la communication de masse. Il étudie depuis trente ans l'image de l' "Arabe" dans les médias américains. Il a été consultant chez CBS News, pour les affaires proche-orientales.

 

         En analysant environ 1200 films, Jack Shaheen met en exergue le rôle particulièrement dégradant qu'Hollywood assigne aux Arabes. A l'image récurrente du "sauvage" sur son dromadaire est venue s'ajoutée celle du terroriste sanguinaire...Holywood a su exploiter l'actualité de façon plutôt cynique, et cela ne peut être sans effet sur les opinions publiques. Jack Shaheen expose, à travers de nombreux extraits de films tous réunis, un triste bilan. Ces représentations sont dangereuses puisqu'elles favorisent l'indifférence face à ces populations rassemblées sous le terme générique d' "arabes", et peuvent ainsi justifier des politiques internationales pour le moins douteuses et injustes à leur égard.

 

 

Ce documentaire est diffusé par Zone doc de Radio-Canada.ca


  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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  • Lola Gazounaud
  • Je suis étudiante en langue & civilisation arabe à Paris. Passionnée de l'espace méditerranéen, je rassemble les connaissances me permettant de mieux appréhender cette région du monde.
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