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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 09:46

A la croisée des chemins entre l'art et le social, les musées du XXIe siècle racontent les migrations. 

Aujourd'hui, les musées redéfinissent leur relation au monde et s'investissent d'un rôle social nouveau, véritable médiateurs entre les sociétés et les changements radicaux auxquels elles sont confrontées. En France, en Italie, en Allemagne, mais aussi en Belgique et ailleurs en Europe, les musées s'emparent de la thématique migratoire, et l'humanisent en contrepoids du traitement politique, plus enclin à une analyse quantitative et discriminante. Dernier né, le Migration Museum britannique, à Londres. 

Si la migration, réalité humaine ancestrale, peine à émerger comme source d'identité collective dans le contexte rigide des États-nations, l'arrivée sur la scène culturelle européenne des musées des migrations illustre le souhait de pallier ce manque de socle identitaire commun, répondant au besoin mémoriel des populations, fragilisées par une mondialisation, qui brouille les frontières des pays et les contours des dites spécificités culturelles. 

Ces musées, semblables dans leur volonté de faire évoluer les regards sur les migrations, divergent néanmoins dans leur stratégie. Comment abordent-ils la question migratoire et comment l'intègrent-ils à l'histoire nationale? 

Plusieurs personnalités ont été interrogées afin d'éclairer les caractéristiques de deux musées européens: le Musée de l'histoire de l'immigration en France, ouvert au public en 2007 et qui vient de lancer sa première campagne de communication et le Migration Museum britannique, en cours d'élaboration, qui a inauguré en juin sa première exposition photographique à Londres. 

LA MIGRATION : HISTOIRE A SAUVEGARDER OU A CELEBRER? 

S'il est question, «dans les deux cas, d'une stratégie culturelle et économique qui aspire à intégrer les «étrangers» dans l'histoire officielle, nous confie Cristina Castellano, spécialiste en études culturelles des musées, les politiques de la représentation des deux initiatives sont bien distinctes». 

Du reste, l'intitulé de ces deux musées en dit déjà beaucoup. Du côté du l'établissement de la Porte Dorée du 12ème arrondissement parisien, l'objectif est de «rassembler, sauvegarder, mettre en valeur les éléments relatifs à l'histoire de l'immigration en France, et contribuer à la reconnaissance des parcours d'intégration des populations immigrées dans la société française». Côté britannique, le Migration Museum se propose plutôt de «célébrer le rôle que les migrations ont joué dans l'histoire nationale et d'interroger qui nous sommes». 

Selon Ratan Vaswani, membre de l'équipe du Migration Museum, la notion de citoyenneté est au cœur de cette divergence : «L'établissement parisien illustre comment les immigrés sont devenus Français, en terme de culture et de citoyenneté. Nous, nous souhaitons mettre en lumière l'ancienneté du multiculturalisme britannique, montrer que la Grande Bretagne a toujours été une société hybride.» On l'aura compris, il n'est donc pas question outre-Manche «d'exposer les parcours d'immigrés vers le chemin de la citoyenneté britannique». 

LA CITOYENNETE AU CŒUR DES PARCOURS MIGRATOIRES? 

Et Ratan Vaswani de préciser: «la citoyenneté est une notion récente au Royaume-Uni, le test de citoyenneté pour les immigrés désireux d'obtenir la nationalité britannique, ne remonte qu'à une dizaine d'années. En France, cette notion est centrale et ancienne puisque déjà à l'époque coloniale, la citoyenneté française était accordée à une fraction restreinte des populations colonisées, preuve d'une réflexion en amont. La sphère citoyenne est perçue comme espace fédérateur commun. La Grande-Bretagne, quant à elle, dépasse ce cadre citoyen et investit l'identité individuelle et intime de chacun en déclarant ‘nous sommes tous migrants'.» 

Luc Gruson, directeur du Musée français, confirme: «Nous ne nous intéressons qu'aux deux derniers siècles [post-révolutionnaires], avant cela les notions d'État et de nationalité ne sont pas pertinentes», rappelant ainsi une conception française empreinte de la relation étroite entre migration et État-nation. A l'inverse, l'initiative britannique fait remonter l'histoire migratoire bien avant l'avènement de l'État moderne. 

«ÉVITER LES AMALGAMES DU TYPE ‘LES KABYLES, C'EST COMME LES AUVERGNATS'.» 

La France, terre d'immigration, pas seulement. L'histoire française est en effet ponctuée également par de nombreuses migrations internes, en métropole et Outre-Mer. Pourquoi ne pas avoir intégré ces mobilités intérieures? Luc Gruson répond: «Nous aurions pu traiter des migrations intérieures, mais nous voulions éviter les amalgames du type ‘les Kabyles, c'est comme les Auvergnats', et parce que dans la conception républicaine, les citoyens français sont (en théorie) traités sans discrimination. De plus, c'est bien le fait d'être immigré, d'être né étranger, qui fait question en France». 

Ratan Vaswani explique cette différence: Nous souhaitons raconter une histoire plus ancienne que ne le fait le musée français. La migration des Vikings en Normandie aurait pu être traitée, explicite-t-il. Toutefois, la France envisage l'histoire de façon singulière, plus chronologique. Le Royaume-Uni ne conçoit pas de basculement radical de la société et de l'État comme c'est le cas en France, où la révolution française est instituée comme le déclencheur de la France moderne.» Aussi, poursuit-il, «nous retraçons une histoire qui remonte bien plus loin, notre histoire moderne n'ayant pas de point de départ défini. De plus, en tant que pays maritime et commercial, nous considérons les migrations comme un cycle de départ et d'arrivée qui traverse depuis toujours l'histoire de ce territoire. 

MIGRATION, IMMIGRATION, EMIGRATION... 

Pour le célèbre historien spécialiste de l'histoire coloniale et de l'immigration maghrébine en France, Benjamin Stora, l'idée que nous serions tous des migrants est «certes intéressante» mais difficile à appliquer à la société britannique. «Comment créer une identité commune si l'histoire coloniale et celle de l'immigration post-coloniale, ne sont pas enseignées dans les universités britanniques ? La vacance de ces histoires dans les musées, les conférences, l'enseignement; l'absence de lieu de mémoire, de cinéma et de représentation, rendent difficile l'émergence d'une telle identité partagée, qui devrait se construire sur des faits historiques», affirme l'historien. 

L'histoire respective des pays permet en effet d'éclairer le choix du terme choisi par les deux musées. Comme le note Luc Gruson, «la France est le seul pays d'Europe à avoir été un pays d'immigration depuis plus de deux siècles, l'émigration française demeure marginale. C'est pourquoi nous nous sommes concentrés sur l'immigration.» 

La France, historiquement terre d'accueil? Ce n'est pas Benjamin Stora qui contredira. «La France est un pays d'immigration depuis longtemps, qui pourtant ne se pense pas comme tel. Le Royaume-Uni a, lui, davantage été un pays de départ. Le choix britannique en faveur du terme passe-partout de migration, calqué sur le modèle américain, ne correspond pas à une réalité historique.» 

«ON NE PEUT PAS LES ENFERMER DANS LA MEME CATEGORIE «MIGRANT(E)» 

Pour Cristina Castellano, la question ne se limite pas au simple fait historique. Elle intègre la problématique épineuse des représentations. «Aucun(e) migrant(e) ne se reconnaît dans une telle identité. Vivant de l'intérieur les processus de mobilité, ces personnes ressentent différemment les processus culturels, en marge de l'expérience de la nation hôte. Ils possèdent chacun une autre histoire à raconter. On ne peut pas les enfermer dans la même catégorie «migrant(e).» 

« Fixer ainsi les identités culturelles est réducteur, poursuit Cristina Castellano. Il faudrait plutôt exposer les parcours binationaux et les identités culturelles multiples qui se construisent, mais nous rentrons alors dans le domaine de la subjectivité et sortons des discours nationaux dont les États ont tant besoin.» 

DES LIEUX DE MEMOIRE HAUTEMENT SYMBOLIQUES 

Quant au choix du musée parisien de s'installer dans le Palais de la Porte Dorée, il a soulevé de vives controverses. Ayant dans le passé abrité successivement, le «Musée des Colonies», celui de «la France d'outre-mer» et enfin le «Musée des arts africains et océaniens»... Mais plus que l'amalgame entre colonisation et immigration dénoncé par ses détracteurs, il s'agit d'une réhabilitation, affirme Luc Gruson: « Pour légitimer la place des immigrés dans l'histoire de France, il était important d'installer un musée national de l'immigration dans un Palais de la République. Notre choix est volontariste, et affirme qu'une nouvelle page d'histoire s'écrit, dans une redéfinition des rapports au monde. Tel le Louvre, palais symbole de monarchie et premier musée national créé par la République après la révolution.» 

A Londres, des containers auront-ils autant de valeur symbolique que les grands musées britanniques? N'est-ce pas avouer que les migrations font partie des ‘sub-cultures'?» Ratan Vaswani s'accorde à penser que «le choix français est le signe d'une nation plus tolérante qui assume son passé colonial. Même si des lacunes demeure, l'histoire de la colonisation et de l'immigration est présente dans les manuels scolaires, contrairement au Royaume-Uni». Alors, pourquoi ce choix d'un musée britannique mobile fait de containers maritimes? «Par pragmatisme avant tout», répond M. Vaswani, qui précise que «cela illustre aussi la tradition commerciale de la Grande-Bretagne.» 

Cristina Castellano analyse le problème sous un autre angle: «dans les deux approches, les migrants demeurent en position subalterne. On expose cette altérité, cette condition d'‘être migrant(e)' sans vraiment se mettre à la place de la personne qui vit l'expérience migratoire, sans savoir comment ils veulent que leur histoire soit exposée. L'histoire est structurée depuis le noyau d'un discours national et la muséographie de ces institutions garde souvent une gousse de colonialisme euro-centriste vis-à-vis des migrants.» 

UNE REMISE EN QUESTION DES IDENTITES NATIONALES? 

Enfin, le Migration Museum rappelle comment les migrations ont forgé certains symboles nationaux: «La famille royale est germanique, et des personnalités telles Winston Churchill ou Audrey Hepburn ne sont pas si British que ça!». Rien de moins! Cristina Castellano approuve cette démarche: «Cela pourrait aider à mieux comprendre le métissage culturel issu de la mondialisation. C'est une façon d'intégrer les pratiques culturelles externes au patrimoine symbolique de la nation». 

Et en France? «En France, nationalisme et République apparaissent intimement liés, explique Ratan Vaswani. Cela s'explique peut-être du fait que la France ait été envahie dans son passé récent, contrairement à la Grande-Bretagne» Et d'ajouter: «Une telle remise en question des symboles nationaux est moins probable en France car la population nourrit une plus grande confiance à l'égard de la législation, c'est la loi qui est censée changer les attitudes culturelles comme l'a montré l'affaire du voile. L'État occupe une place centrale, détient un pouvoir de contrôle plus important, qui rend plus difficile le questionnement des symboles républicains et nationaux.» 

Et en Grande-Bretagne ? «Le débat sur l'identité britannique a émergé récemment, poursuit le collaborateur du musée britannique, et si certains peuvent se sentir menacés par une trop grande présence étrangère aujourd'hui, les Français semblent nourrir une plus grande peur à cet égard». 

Ainsi, les choix divergent, et ces musées, tentatives louables en faveur d'un «vivre ensemble», ne sont pas exempts de critique. Toutefois, comme le rappelle Luc Gruson, «au-delà des différences de conception, l'objectif demeure la création d'un «sentiment d'appartenance» commun, et aussi la curiosité de s'intéresser aux autres, plutôt que la peur de devoir cohabiter avec eux». 

Ces musées des migrations illustrent donc un premier pas vers l'émergence de sociétés plus à même de transgresser les frontières, au-delà desquelles, des hommes et des femmes, migrant-e-s ou non, sont amené-e-s à partager un même territoire et des valeurs communes. Voilà en tout cas un bel exemple pour l'Union européenne. En juin dernier, ne préconisait-elle pas des «politiques [migratoires] tournées vers l'avenir»? Est-ce donc le signe que la culture a devancé le politique ? Espérons-le, pour le meilleur. 

 

Article publié par Le Quotidien d'Oran, le 27 juillet 2013

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Published by Lola Gazounaud - dans Migrations
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 15:24

Beaucoup connaissent l’histoire mythologique d’Europe, princesse phénicienne enlevée par  le séduisant et fougueux taureau blanc du nom de Zeus (chez les Grecs)! L’amour de Jupiter (chez les Romains) pour la belle princesse Europe grave l’histoire de ce petit bout de terre, qui est le nôtre, dans nos mémoires, nos imaginaires  et se retrouve jusque sur nos pièces de 2 euros ! C’est dire si ce mythe est cher à ce territoire européen et ses multiples identités.

 

Mais alors, cela veut-il dire qu’Europe était  une immigrée, qui a, comme beaucoup d’autres avant et après elle, traversé la Mer du Milieu, notre belle Méditerranée ? Les romantiques y verront sans doute le destin d’un territoire qui, au fil des siècles, a accueilli d’innombrables âmes cherchant refuge, richesse, bonheur, aventure ou simplement une vie meilleure. Terre d’accueil, certes, mais également terre d’exil et de conquête, de départ vers des contrées lointaines. Départs déchirants pour les émigrés italiens ou irlandais fuyant la misère ou la persécution; départ exaltant pour les navigateurs partis à la découverte du Nouveau Monde; départ en grande pompe pour les armées en route pour conquérir le monde… Bref, que d’allers et venues !

 

Et nous voici, aujourd’hui, Européens, en quête d’identités communes, d’imaginaires et de mythes à partager, alors que nos richesses, nos différences et nos histoires respectives ne favorisent pas toujours l’émergence d’une véritable solidarité, d’une empathie transnationale.

 

Et pourtant, une histoire que l’on pourrait dire universelle nous traverse tous. L’Histoire des migrations, véritable fil d’Ariane se déroulant dans l’immense labyrinthe de langues, de traditions et de mémoires, nous mène tout droit, au plus profond de nos êtres et de nos cœurs.

 

Ne sommes-nous pas, au fond, tous des migrants ? C’est, en tout cas, ce que l’on ressent, quand on franchit le seuil de ce bâtiment froid et sombre du 19 Princelet street, dans l’East End londonien. Personne ne pourrait soupçonner, en regardant la façade de cet immeuble qui ne paye pas de mine c’est le moins que l’on puisse en dire, l’histoire qu’il dissimule, de la même façon qu’un simple visage ne saurait raconter à lui seul l’incroyable richesse qui se cache en chacun de nous.

 

19 Princelet street est finalement l’histoire de Londres, l’histoire de l’Europe pour ne pas dire l’histoire de notre bonne vieille humanité ! 

 

19 Princelet street ? C’est avant tout une longue file d’attente qui, non contente d’avoir envahi le trottoir de la Princelet street elle-même, disparait au coin de la rue pour s’engouffrer jusque dans Wilkes street. Dans cette queue qui parait d’autant plus interminable que le froid commence à pénétrer nos os, combien de curieux patientent en espérant percer le mystère de cette bâtisse, rendue d’autant plus mystique qu’elle n’est ouverte au public qu’une dizaine de jours par an. En promenant une oreille attentive, on peut se laisser bercer par les nombreuses langues et mélodies qui forment une sorte d’aura, attirant jusqu’aux passants qui se demandent alors étonnés : « What is going on here ? Am I missing something ? » Certains s’arrêtent et prennent le temps de contempler cette longue chaine humaine se terminant au pied de cet immeuble pour le moins banal ! Etrange sensation, puisqu’à ce moment-là, ce qui attendent leur tour dans la queue ont, sans le savoir, troqué leur statut de visiteurs pour celui de « pièces de musée ». Les promeneurs des rues voisines s’invitent volontiers à cette réunion improvisée, telle une prolongation de ce même musée de l’immigration dans lequel il est si difficile d’entrer ! Et si, d’un certain point de vue, nous étions effectivement des « œuvres d’art » ? Pourquoi, dites-vous ? Et finalement pourquoi pas ?

 

Car, une fois franchi le seuil de ce petit immeuble, une fois traversé l’entrée exiguë où nous accueille chaleureusement une charmante bénévole, dans cette grande salle au plafond de verre usé, on voit une valise, parmi d’autres, ouverte et un message clair : Nous sommes tous des migrants. Voici l’originalité de ce musée de l’immigration, le premier d’Europe.

 

S’il est certes fascinant de connaitre les successives vagues d’immigration qui ont façonné Londres, les divers objets qui racontent ces histoires apparaissent davantage comme autant de moyens mis en œuvre  pour que les visiteurs ouvrent les portes de leurs propres mémoires ! Ainsi, oui ! Nous, visiteurs, devenons des œuvres de vie uniques (et non plus des œuvres d’art !) et nous sommes invités, en tant que tels, à faire partager nos parcours, discutant avec les bénévoles qui rythment admirablement la visite de ce musée, ou encore écrivant sur des bouts de papiers nos migrations, nos pays d’origine et d’accueil, les objets que nous emportons ou avons emportés  avec nous. Petits bouts de papiers que nous déposons à notre tour dans une valise. Et autant vous dire que la valise était pleine à craquer !

 

Tous autant que nous sommes, itinérants et itinérantes de vie, nous nous retrouvons donc dans ce lieu glacial où la chaleur humaine y est pourtant à son comble ! Car combien d’âmes ont occupé ces murs, aujourd’hui « fébriles », depuis sa construction en 1719 jusqu’à son dernier et mystérieux occupant, un certain Rodinsky[1], disparu sans laisser de trace, alors que sa chambre, au deuxième étage, maintenant fermée au public, conservait les traces de ses écrits kabbalistiques !

 

Mais les temps changent et ces murs merveilleusement décrépis souffrent désormais d’une cruelle solitude malgré les efforts incroyables d’une poignée de personnes, qui tentent coûte que coûte de réunir assez de fonds afin que le 19 Princelet street redevienne un lieu de passage, de vie et d’émotions pour un nombre toujours plus grands de visiteurs.

 

En effet, ce musée, qui devrait avoir pignon sur rue, être plein du matin au soir de tous les enfants de Londres, prêt à raconter ces histoires de vie, a beau faire parler les gazettes internationales, les radios et autres médias pour attirer l’attention d’éventuels financeurs, jusqu'à présent, les résultats n'ont pas été à la hauteur des efforts fournis et des besoins. Seuls quelques chanceux parviennent à découvrir ce lieu un peu par hasard, pourtant classé parmi les édifices importants et d’intérêt général (Grade II listed building). D’autres l’enrichissent puisque le Spitalfields Charity Centre qui gère l’édifice travaille avec des groupes scolaires qui exposent dans ce lieu hors du commun les travaux artistiques d’enfants sensibilisés aux sujets relatifs aux migrations.

 

Alors que le thème de la diversité a acquis une importance considérable depuis la Déclaration Universelle de la diversité culturelle de l’UNESCO en 2001, poussant jusqu’à son paroxysme l’obsession (et la prétention humaine) de lutter contre les effets du temps et les lois éphémères de notre existence, ce lieu chargé d’histoire existe loin de ces grands discours rhétoriques sur une diversité qu’il faudrait à tout prix préserver.  

 

Mais cette diversité,  au fait, quelle est-elle?  N’est-elle pas comme l’a écrit Saint Exupéry, et avant lui de nombreux soufis, presque invisible -  «  l’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur »[2].

Et si c’était justement cette diversité invisible que le 19 Princelet street voulait nous dévoiler ? Cette diversité faite de témoignages, de vécus, de mémoires et d’émotions subtiles et éphémères. Une diversité légère à porter et douce à embrasser qui ne s’embarrasse pas de couleurs figées ni de murs immémoriaux et immobiles. Une diversité mouvante qui se murmure dans l’intimité d’une rencontre, se transmet d’un cœur à l’autre. Une diversité qui n’a que faire de l’objectivité historique et des cultures, puisqu’aucune de ces choses n’existent réellement, sinon au travers de nos vies et de nos croyances. Ainsi, ce ne sont pas tant les murs de cette bâtisse qui fascinent mais leur capacité à représenter des frontières symboliques à l’intérieur desquelles nous nous sentons assez protégés pour nous laisser aller à nos émotions et nous laisser apprivoiser par les émotions des autres.

 

Un espace poétique et de suave empathie dans lequel s’entremêlent sans jamais se contredire les peurs et les craintes, les joies et les illusions, les larmes et les rires sans pour autant faire peser sur nos épaules le lourd poids de nos différends et différences. Voilà qui pourrait aider notre Europe !

 

N’est-ce pas d’ailleurs le chemin qu’elle emprunte depuis quelques années ? Car, loin d’être aujourd’hui isolé, ce 19 Princelet street a ouvert la voie vers l’émergence d’une histoire universelle des migrations et l’Europe, peu à peu, se dote, à l’image de Londres, de ces lieux de mémoires. Ainsi, Outre-Manche, la ville lumière héberge la Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration. Elle tente, tant bien que mal, de guérir les blessures encore vives d’une histoire dérobée à ces protagonistes au profit d’un universalisme contestable. Plus loin, traversons le Rhin et franchissons le seuil du Musée des Migrations en Allemagne, situé dans la belle Cologne. Puis direction la Méditerranée avec une première escale dans la ville éternelle, au Musée National de l’Emigration italienne, qui témoigne des pérégrinations des Italiens du Sud à la recherche d’une vie meilleure qui les portèrent jusqu’aux Etats-Unis ; Quant aux rives catalanes et la festive ville de Barcelone, il s’y est ouvert récemment le Musée de l’Histoire de l’Immigration de Catalogne.

 

Voici quelques exemples européens mais bien d’autres musées sur le thème des migrations existent aussi aux Pays-Bas, en Suède, au Danemark, au Portugal et en Serbie et la liste s’allonge dès lors que l’on élargit la géographie....

 

Une belle perspective pour un avenir plus serein et plus poétique où le sujet des migrations ne serait plus seulement un fait historique ou économique, mais une façon de vivre, de penser, d’émouvoir. Bref, une nouvelle façon de vivre notre humanité pour notre princesse Europe, et ne craignons pas d’être ambitieux, pour notre planète toute entière. Que le voyage commence !

 

 

 

 

Pour en savoir plus sur les musées liés au thème des migrations, voici un portail de l'UNESCO avec les adresses des différents musées à travers le monde:

http://www.migrationmuseums.org/web/index.php?page=l-initiative



 

 



[1]  Article sur le mystère de la disparition de David Rodinsky, dans sa chambre du 19 Princelet street, histoire qui a fait l'objet d'un livre

Article en français: http://www.liberation.fr/livres/0101406299-le-mystere-de-la-chambre-juive

Article en anglais: http://www.guardian.co.uk/books/1999/may/22/books.guardianreview9

[2]  Citation de l’ouvrage d’Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, chapitre XXI, éd. Gallimard, 1946

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 19:44

 

 

 

La double absence

 

Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré

 

De Abdelmlek Sayad

 

Préface de Pierre Bourdieu

 

Editions du. Seuil

 

 

Quelques notes biographiques…

 

Né en 1933 en Kabylie, Abdelmalek Sayad est le troisième enfant et unique garçon d'une famille de cinq enfants. Il quitte son village natale pour commencer une formation d'instituteur à l'Ecole Normale de Bouzareah à Alger. Il est ensuite nommé instituteur d’école dans la casbah d'Alger. Il poursuit enfin ses études à l'Université d'Alger où il rencontre Pierre Bourdieu.  En 1963, il s'installe en France. D'abord vacataire au Centre de sociologie européenne de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, il intègre, en 1977, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), nommé Directeur de recherches en sociologie. Il décède le 13 mars 1998, prématurément.

 

 

 

La sociologie d’Abdelmalek Sayad

 

Abdelmalek Sayad  était un analyste remarquable des sociétés, celles qui se font écho de part et d’autre de la Méditerranée, prises dans un rapport à la fois de proximité et de distance, de connivences et de rapports de force.

 

 Il réalise ainsi avec  Pierre Bourdieu une enquête de terrain dans l’Algérie en guerre et publie en 1977, Le Déracinement, la crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie, où il présente les conséquences tant sociologiques que psychologiques des regroupements des populations rurales algériennes dans des ‘‘centres’’ opérés par l’armée française durant la guerre d’indépendance.

 

Ce n’est qu’après, une fois arrivé en France, qu’il commence à analyser, dans le cadre du Centre de sociologie européenne, les phénomènes migratoires. il renouvèle  ainsi  les problématiques de l'immigration à l’époque où cette question, très politisée, commence à émerger. Tout au long de ces années il a suivi, accompagné le processus de vieillissement des immigrés kabyles  et a analysé les contradictions de l’immigration avec une méthodologie minutieuse et intégrale. Il publie à ce titre L’immigration algérienne en France en 1984, L’immigration ou le paradoxe de l’altérité en 1991, puis Un Nanterre algérien Terres des bidonvilles en 1995.

 

Les analyses d'Abdelmalek Sayad ont une portée originale et inestimable dans le champ de recherche sur les migrations avec une place primordiale données aux témoignages d’émigrés( le sociologue a une totale maîtrise de la langue française, arabe et berbère). Abdelmalek Sayad est considéré, pour cela, comme le père fondateur de la question de l’immigration.

 

 La double absence, œuvre posthume , publiée sous la responsabilité de Pierre Bourdieu, bouleverse un regard de l’immigration figé à travers une double analyse qui permet une totale compréhension de l’émigré-immigré.

 

 

 

Les trajectoires migratoires : « deux faces indissociables d’une même réalité »

 

 

Une rupture avec  la « pensée d’Etat »

 

Une rupture avec l’ ethnocentrisme

 

Une rupture avec la conception de l’immigration homogène

 

Une rupture avec une  une sociologie de l’immigration déshumanisante

 

 

Une « série d’illusions, simulations, dissimulations » collectivement entretenue

 

   

Le « mensonge collectif » : entre idéal et réalité

 

La dissimulation des contradictions  inhérentes à la condition d’émigré-immigré

 

Un « accord tacite » entre les trois partenaires du phénomène migratoire

 

 

Un véritable rapport de force masqué

 

 

« Colonisation exemplaire » et « émigration exemplaire »

 

L’intégration, l’assimilation la naturalisation

 

Le choc en retour sur la société d’origine

 

Science de l’immigration et « science de l’absence »

 

 

 

***

 

 

Les trajectoires migratoires : « deux faces indissociables d’une

même réalité »  

 

Le sociologue Abdelmalek Sayad commence son analyse par un principe simple et valable pour l’ensemble des migrations dans le monde : l’étude d’un phénomène migratoire doit nécessairement considérer les deux dimensions  complémentaires que sont l’émigration et l’immigration afin de comprendre le processus dans son intégralité. Deux aspects d’une même réalité, séparés volontairement à cause des intérêts sociaux et politiques qui en découlent,  et qu’Abdelmalek Sayad  s’efforce de réunifier.  Il consacre ainsi une triple rupture .

 

Une rupture avec la « Pensée d’Etat »

 

« La migration est toujours pensée dans le cadre de l’unité locale, et, en ce qui nous concerne dans le cadre de l’Etat-nation » . Notre vision de l’immigration dans toute ses dimensions (économique, sociale, culturelle, politique …) est empreinte de cette culture nationale comme en témoigne la séparation radicale qui existe dans nos sociétés entre les « nationaux » et les « non-nationaux » . En effet, l’existence même de l’Etat-nation sous-tend une discrimination naturelle, dans la mesure où il élabore les critères, les normes qui modélisent le statut de « national » ( et en creux celui de « non-national »).

 

De plus, l’Etat-nation prétend à une « homogénéité nationale » sur tous les plans . Pas de doute alors que l’immigration soit perçue comme un élément perturbateur qui ébranle l’ordre établi et  trouble cette séparation fondamentale inhérente à l’Etat-nation . L’immigration fait  alors surgir des questionnements sur les bases de l’Etat et ses mécanismes.

 

 La prise en compte du phénomène migratoire dans son intégralité nécessite une conception de l’immigration qui ne passe pas à travers le filtre de la « pensée d’Etat » . Mais, une telle démarche impose une remise en cause  de l’Etat-nation difficile et l’acceptation du phénomène migratoire comme processus qui participe à remodeler l’identité des Nations d’origine et d’accueil et de leurs populations.


Une rupture avec « l’ethnocentrisme inconscient »

 

« Immigrer, c’est immigrer avec son histoire », et l’ensemble de son système culturel. L’auteur précise que le processus migratoire, et en particulier les conditions d’origines, sont parties intégrantes de l’histoire de l’émigré-immigré. De ce fait, il est indispensable d’étudier ces conditions afin d’éviter une vision partielle et ethnocentrique du phénomène. Le sociologue se refuse aussi à interpréter les comportements des émigrés-immigrés qu’en fonction de la société d’accueil qui enregistre ces conduites différentes comme déviantes par rapport à des normes sociales établies.

 

Il rompt ainsi « l’image « éternisée » de l’immigration », qui n’est en réalité qu’un idéal abstrait. Une vision figée et uniforme qui dissimule les nombreuses spécificités qui caractérisent chaque immigration et qui fait qu’un immigré reste un immigré quelque soit les circonstances. Le processus migratoire est en constante évolution, et engendre des bouleversements dans le pays d’origine et le pays d’accueil qui modifient la nature, les objectifs et les obstacles de ces migrations. De plus, Il ne faut pas non plus négliger les évolutions des rapport entre les deux pays qui forment le couple migratoire. Dans le cas de la France et de l’Algérie, le sociologue prend soin de détailler les liens directs qui existent entre la colonisation et le processus migratoire.

 

Une rupture avec la conception de l’immigration homogène 

Abdelmalek Sayad distingue « trois âges de l’émigration »algérienne en France, une genèse du processus d’émigration qui permet de mettre en relief les caractéristiques de l’immigration. « Trois mode de générations » qui traduisent « le processus de transformations internes aux communautés rurales qui produisent les émigrés ».Tout d’abord, l’émigration algérienne nous dit-il est le produit direct d’une « colonisation totale », qui a engendré le sous-développement et par la suite l’émigration et l’immigration. De là commence un processus qui peut être découpé en trois phases :

 

Dans le premier âge, la communauté paysanne kabyle choisissait au sein de chaque famille un « délégué à l’émigration » répondant aux critères de l’excellence paysanne pour assurer la survie de leur communauté, dans la mesure où celle-ci n’était plus auto-suffisante. C’est une mission collectif, «  une émigration ordonnée ». Le temps de l’exil est limité puisque les objectifs sont limités. Ainsi la communauté est en mesure de contrôler le mandaté afin qu’il conserve les valeurs de l’habitus paysan et qu’il ne soit pas influencé par les valeurs urbaines françaises. Si le séjour de l’émigré venait à s’allonger, il y avait réprobation de la communauté aussi bien envers l’émigré qui se désolidarisait du groupe qu’envers la famille qui n’avait pas su contrôler son « mandaté » . L’émigré partait en « paysan authentique » et devait revenir en tant que tel. Le retour s’accompagne ainsi d’un véritable processus  de « réintégration » que le sociologue définit comme quasi-rituel. L’émigration est provisoire et est considérée par la communauté paysanne comme une parenthèse fâcheuse mais nécessaire pour perpétuer les valeurs du groupe et le groupe en lui-même.

 

Dés le deuxième âge, la communauté paysanne commence à perdre le contrôle de son émigration. Conséquence du déracinement et de la désintégration de la communauté, la dépaysannisation qui a détourné les hommes de la terre crée une nouvelle génération,  en rupture avec la communauté. L’émigration est devenue une mission individuelle dénuée d’objectif collectif. La durée de l’émigration s’allonge, c’est le « provisoire qui dure », contradiction fondamentale qui est au centre de l’analyse du sociologue. Les liens s’épuisent et l’idée du sacrifice qui existait alors disparait. L’émigré, qui se « serrait la ceinture » pour envoyer le plus d’argent possible à sa famille très présente moralement à céder le pas à l’émigré qui « se voue à n’apporter qu’une simple assistance alimentaire » à la famille laissée au pays. C’est toute la hiérarchie sociale qui est renversée. Ce n’est plus le chef de famille traditionnel qui contrôle l’ensemble de ses  membres , mais l’émigré, qui, parce qu’il est  la principale voire l’unique source de revenu dans la famille, s’accapare l’autorité de chef de famille. L’introduction de l’esprit de calcul dans l’habitus paysan et l’émancipation des jeunes de la tutelle familiale provoque une séparation inévitable.

 

Quant au troisième âge, il consacre cette séparation : la communauté algérienne en France devient complètement autonome. L’auteur parle de « colonie algérienne en France » . Cette phase est marquée par le regroupement familiale, qui commence dés la fin de la seconde guerre mondiale mais qui devient massif après l’indépendance de l’Algérie . Le séjour devient permanent, les devoirs envers la famille sont toujours plus limités, l’auteur parle de « quasi-professionnalisation de l’état d’émigré » . Cette émigration, qui se limitait aux zones rurales, surtout kabyles, s’est généralisée à toutes les régions d’Algérie avec la forte conviction de ne pouvoir trouver une solution à la pauvreté qu’en quittant le pays natal. Malgré cela, l’émigré-immigré entretient le sentiment du provisoire : « c’est toute une communauté qui vit comme en transit », qui ne cesse de se référer à deux sociétés, deux systèmes de normes créant ainsi toute sorte de contradictions.

 

 

Une rupture avec une  une sociologie de l’immigration déshumanisante  

 

Cette triple rupture témoigne de l’inadéquation de certains instruments de mesure de l’immigration, ou de typologies négligeant l’ensemble des variables en jeu dans le processus migratoire.

 

Abdelmalek Sayad révèle la « subordination objective de la science au politique » qui amène à refuser la complexité du processus migratoire et ce même dans le domaine de la science. C’est ce qu’il appelle la « cécité conventionnellement  entretenue » pour maintenir une vision du phénomène migratoire réduite. De cette façon, l’immigration est considérée comme « simple déplacement de force de travail », vision très technique qui occulte tout le contexte de départ et d’arrivée. De même, la séparation plus que courante entre immigration de travail et immigration familiale est une opposition simpliste dans la mesure où la seconde découle de la première .

 

De plus, il fait apparaître clairement la « rationalisation dans le langage de l’économie d’un problème qui n’est pas (ou pas seulement) économique mais politique ». Ainsi, l’unique problématique qui est posée en matière d’immigration est « ce qu’elle coûte » et « ce qu’elle rapporte ». Cette problématique connue sous le nom de « théorie des coûts et profits de l’immigration » exclut tout argument politique ou éthique. L’émigré est complètement réduit à un simple rapport de qualité-prix, dénaturé, désocialisé. Aucune considération pour les dommages moraux et psychologiques des émigrés-immigrés, ou aucune prise en compte des évolutions du pays d’origine et pourtant une immigration qui  persiste signifie bien une situation économique qui empire dans  le pays d’origine.

 

Abdelmalek Sayad opère un bouleversement radical dans la façon de penser le phénomène migratoire comme un système complexe de « variables d’origine » et de « variables d’aboutissement ». Une vision globale qui intègre toutes les caractéristiques du processus de migration propre à des types d’émigration qu’il définit clairement.  L’auteur, à travers une approche pluridisciplinaire exhaustive, dénonce une vision déshumanisante de l’immigration : des termes comme « non-nationaux », « immigré », « force de travail »  donne une image collective qui est une véritable négation de l’individu en tant que tel. Comme si l’histoire des immigrés ne commençait qu’aux portes de la France . Il opère un renversement de perspective et replace l’histoire des émigrés-immigrés au cœur des préoccupations. La connaissance des conditions d’origines qui ont poussé les individus hors de leur pays natal est indispensable. Cette analyse chronologique et donc objectivement plus logique permet de mieux distinguer les  différents modes  d’émigration ainsi que les comportements des émigrés-immigrés en pays d’accueil. Enfin, il ne manque pas de pointer les intérêts politiques, économiques et sociaux qui entrent en jeu quand il est question d’immigration et qui laissent s’opérer cette déshumanisation pour autant que l’immigration ne soulève pas d’interrogations et de réflexions plus profondes.

 

 

 

***

 

 

 

Illusions, dissimulations et simulations collectivement entretenus

 

 

Une fois, la rupture accomplie avec un système de pensée « statocentrique », Abdelmalek Sayad nous dévoile un tout autre système, celui des illusions, des, dissimulations, des mensonges collectivement entretenus , par les populations algériennes productrices d’émigrés, la France et l’Algérie.  Cette nécessité de masquer une réalité trop difficile, trop complexe, indispensable pour  perpétrer le processus migratoire.

 

La  « médiation nécessaire » au départ initial

 

L’auteur définit les conditions d’origine qui produisent l’émigration comme « un processus qui, d’abandon en abandon, amène à envisager l’émigration comme seul recours, solution ultime pour rompre la prolétarisation des ruraux » . Cependant cette nécessité économique qui pousse à l’absence provisoire d’un des membres de la communauté passe à travers une médiation morale qui prépare l’émigré, le pousse à envisager puis à réaliser cette migration .

 

A l’appui de témoignages recueillis, Abdelmalek Sayad révèle un « mensonge collectif » qui vise à nier les conditions réelles  de l’émigration, à ne mettre en valeur que le résultat et non le sacrifice enduré. Cette dissimulation alimente une idéalisation de la France . La confrontation avec la réalité de l’émigration et de l’immigration est donc souvent brutale. En guise d’introduction au premier chapitre, le témoignage  d’un émigré kabyle recueilli en France en 1975. Retraçons, à travers quelques citation de ce précieux témoignage, les étapes qui poussent ce paysan algérien kabyle à quitter le pays pour venir en France :

 

-      Le rejet de la condition de fellah qui n’est plus propriétaire et qui ne cesse de se paupériser :

 

« j’ai pris des terres en métayage […]Me voila devenu, en l’espace de quelques années, un vrai fellah. »

 

« Pourquoi me démener tant ![…]Pendant que tu t’éreintes, lui [le propriétaire] est au large, bien à l’aise[…] Je suis devenu un fellah d’occasion, […] par contrainte.»

 

-       La France, comme solution ultime face à la paupérisation des ruraux   :

 

« J’ai continué à travailler, mais autrement […]Malgré notre acharnement, ma mère et moi, à courir derrière l’argent, on en manquait toujours »

 

« En un rien de temps, sans savoir comment, je me suis retrouvé avec 450 000 de dettes.[…]D’où sortir cet argent pour rembourser ? […]Plus aucune sortie, la seul « porte » qui reste, c’est la France. »

 

-        L’idéalisation de la France et le « rejet » de l’Algérie : « les émigrés sur place »  :

 

 

« C’est ainsi que la France nous pénètre tous jusqu’aux os […], on ne voit plus d’autre solution que de partir »

 

 

«  Dés que l’un d’eux commence à « refuser » […]tu peux être sûr, c’est qu’il manigance de partir »

 

 

« Le jour où je sortirai d’ici, jamais plus je ne dirai ton nom ; je ne regarderai vers toi ; je ne reviendrai à toi »

 

 

« On dit…on dit qu’elle  [la France] est « le pays du bonheur », c’est tout »

 

 

« Il paraît que là-bas il suffit de se baisser pour ramasser des « feuilles » de dix mille . »

 

 

-        La confrontation brutale  avec une réalité à laquelle on ne peut plus échapper :

 

 

« Ou bien je franchis la mer, […]ou bien je suis renvoyé d’Alger ou de France et là je ne remettais plus les pieds au village, advienne que pourra ![…]D’où me viendra ce visage qui osera affronter le monde quand, à peine parti, il faudra déjà être de retour »

 

 

« Ici on entend dire les choses qu’on ne nous dit jamais là-bas […] Ce n’est pas une vie d’humains »

 

 

« Dans notre France à nous, il n’y a que des ténèbres. »

 

 

-        Le mensonge collectif mis à nu :

 

« On les voit revenir, ils sont bien habillés, ils ramènent des valises pleines, de l’argent dans les poches »

 

« Quand ils disent :  « Je fais un travail difficile », cela veut dire qu’ils gagnent beaucoup d’argent. Voilà ce que l’on comprend »

 

«  C’est de notre faute à nous, les émigrés, comme on nous appelle :quand nous retournons de France, tout ce que nous faisons, tout ce que nous disons, c’est du mensonge »

 

Ce témoignage émouvant montre l’élaboration d’un mensonge qui dissimule la réalité de l’exil puisque la hiérarchie sociale du groupe se fait désormais par rapport à l’émigration ; et incite comme cela les nouveaux candidats à l’émigration à travers une image idéalisée bien loin de la réalité. « La méconnaissance collective de la vérité objective de l’émigration est entretenue par tout le groupe » et est « une médiation nécessaire à travers laquelle peut s’exercer la nécessité économique. »

 

La dissimulation des contradictions inhérentes aux conditions de l’émigré-immigré

 

Le départ des émigrés, une fois qu’il n’est plus décidé collectivement, mais individuellement, est considéré comme une trahison, une « ruse sociale ». Ce déracinement entraîne donc une série de contradictions dissimulées chez les émigrés-immigrés.

 

La première de ces contradictions est d’abord spatiale. La double absence, ou la double présence met en lumière l’ « ubiquité impossible » : « être présent en dépit de l’absence » et à l’inverse être absent en dépit de la présence .  C’est le « paradoxe de l’immigré » . Comme le souligne le sociologue, la présence physique finit par s’accompagner d’une présence morale et l’absence matérielle se traduit finalement par une absence « morale ». Présence-absence provisoire, « population en transit » que Pierre Bourdieu, dans la préface qualifie de « atopos, sans lieu, déplacé, inclassable […] Ni citoyen, ni étranger, ni vraiment du côté du Même, ni vraiment du côté de l’Autre, il se situe dans ce lieu «  bâtard » du non-être social »

 

La seconde contradiction est d’ordre temporelle : c’est le « provisoire qui dure ».  Le caractère provisoire de l’immigration algérienne s’est vite estomper, pourtant, les émigrés-immigrés entretiennent l’illusions du « provisoire qui se fait définitif », même après le regroupement familial, qui est pourtant une démonstration de stabilisation.

 

La troisième contradiction repose, quant à elle sur « l’alibi du travail » . L’émigration est tout d’abord une émigration de travail puisqu’il constitue le seul objectif de cet exil, subvenir aux besoins de sa famille. Au fil du temps, malgré la désagrégation du groupe, le travail reste l’alibi moral qui justifie la « trahison »initiale. Cette contradiction est parfaitement illustrée à l’occasion de la maladie, où l’immigré perd momentanément son seul alibi moral qui atténue sa culpabilité dévorante. La violence de la crise identitaire qui en découle est insaisissable par l’institution de la Sécurité sociale qui ne considère que le mal physique et sa guérison sans tenir compte de la souffrance morale qui l’accompagne. Abdelmalek Sayad y consacre d’ailleurs un chapitre entier, La maladie, la souffrance et le corps, pour éclairer sur cette condition de travailleur qui permet de créer un équilibre avec les sentiments de culpabilité enfouis. Cet équilibre est cependant fragile puisque la maladie, et l’arrêt de travail sont éprouvés comme la négation de l’immigré.

 

                Enfin, plus qu’une contradiction, un tiraillement entre deux sociétés, deux systèmes de normes sociales : l’habitus paysan et ses valeurs communautaires, et les valeurs individualistes de la ville en France.  Entre devoir envers la famille, et volonté d’émancipation, l’émigré-immigré se trouve confronté à un choix impossible. Abdelmalek Sayad affirme à ce titre que « pendant longtemps, alors même qu’elle été voulue individuellement par l’émigré et son épouse , l’émigration familiale était accomplie, et surtout elle était ressentie comme un acte honteux ». C’est la raison pour laquelle, ajoute-il ce n’est qu’après un demi siècle d’émigration que le regroupement familial a pu s’opérer, une fois la désagrégation des liens entre l’émigré et sa famille déjà en cours.

 

Ainsi, l’autonomisation de la communauté algérienne en France par rapport au pays d’accueil et la condition d’immigré comme étranger vivant en France font que l’émigré-immigré n’est ni totalement français, ni totalement algérien, et se prend le pays d’accueil et parfois le pays d’origine. La désagrégation des liens entre émigrés-immigrés et leur pays d’origine fait de leur départ un acte de « traîtrise ». La rupture est faite : les séjours en France ne cesse de s’allonger, et l’histoire sépare les Algériens et les Algériens-émigrés. De l’autre côté de la Méditerranée, Les Algériens émigrés deviennent des immigrés non-nationaux. Toujours entre deux monde, entre deux sociétés, la communauté algérienne en France va s’autonomiser des deux, idéalisant parfois l’un, parfois l’autre. Dans ces deux mondes, ils doivent légitimer leur présence ou leur absence. L’alibi du travail est ainsi nécessaire et souhaitée puisqu’en France l’identité des immigrés est avant tout celle d’un « OS à vie » (ouvrier spécialisé).

 

Un « accord tacite » pour perpétuer le processus migratoire

 

Abdelmalek Sayad s’attache à montrer la complicité des trois partenaires du processus migratoire ( pays d’accueil et d’origine et les migrants) qui entretiennent les illusions nécessaires à la perpétuation du processus. Une véritable « entreprise de dissimulation », et ce pour voir le processus migratoire comme figé, inchangé ou mieux, comme une vision idéale et abstraite. Ainsi, « l’émigré reste toujours un émigré »,  même s’il est né en France de parents immigrés, et «  l’immigré reste toujours un immigré » malgré sa présence permanente et sa naturalisation.

 

                Il est donc implicitement entendu que le pays d’origine perd des membres de sa population et que le pays d’accueil en gagne, cependant, les deux pays du couple migratoire se refusent  à « contracter » et à « régler » un nouveau statut de cette population émigrée-immigrée, ou  à signer un « contrat de transfert définitif » qui est pourtant une réalité de fait. L’absence de statut des émigrés-immigrés algériens est  souhaitée et souhaitable : pour les Algériens en France ce serait se confronter à leur propre  contradiction de « provisoire qui dure », pour les deux pays, ces non-dits servent à masquer le rapport de force violent entre les deux Etats.

 

 

*** 

 

Un véritable rapport de force  masqué

 

Ce rapport de force est historique et imprègne encore vivement les esprits. Le processus de colonisation et de décolonisation est la cause directe du phénomène migratoire qui lie la France et l’Algérie. La décolonisation devait signer la fin d’un rapport de force « de colons à colonisés ». L’immigration en France des Algériens émigrés réinstalle un rapport de force nouveau qui, en vue du contexte historique, est chargé de multiples symboles douloureux.

 

« colonisation exemplaire » et « émigration exemplaire »

 

Abdelmalek Sayad insiste sur le fait que l’émigration soit « fille directe » de la colonisation. Cette colonisation est exemplaire car « totale, systématique, intensive, de peuplement, de biens, de  richesses du sol et du sous-sol, des hommes, corps et âmes ».La colonisation a donc été un instrument de sous-développement  créant un rapport de force inégal entre les deux pays. Ce rapport est loin de se limiter à l’Algérie et la France mais se généralise. Ainsi la colonisation et l’émigration engendrée par le sous-développement ont consacrée une ligne de séparation du monde Nord-Sud.

 

Dans le cas précis de l’Algérie et de la France, le sociologue rétablit une vérité : la colonisation a provoqué un bouleversement total de l’ordre ancien à bout de souffle, en grande partie à cause des dépossessions foncières massives qui ont ruiné les fondements économiques traditionnels, et désintégré « l’armature social originelle ». L’émigration étant en même temps produit et producteur de sous-développement, le pays d’origine semble coincer dans ce rapport de dominant à dominé. Cette « parenthèse de l’histoire », que l’on oublie volontairement en France, mais encore très vive dans l’ esprit  des Algériens, semble alors se perpétuer à travers la « colonie algérienne en France » avec des « colonisés volontaires », qui prolonge  un séjour provisoire et font du pays d’accueil leur pays : « toute ma vie est là » dit l’émigré kabyle tout en montrant son portefeuille rempli de bulletins de salaire, certificats de travail, états des services  et autres papiers administratifs.

 

Ce processus migratoire est dans sa nature même un avantage pour le pays d’accueil et une terrible tare pour le pays d’origine puisqu’il se traduit par l’avantage pour la France d’avoir sur son territoire et donc sous  son autorité des  immigrés d’une autre nation  et une faiblesse pour l’Algérie qui perd sa souveraineté sur ses nationaux en dehors du pays. Cette perte de souveraineté de l’Algérie sur ses propres ressortissants rappelle encore douloureusement l’histoire d’une colonisation qui n’a cessé depuis à peine plus de 50 ans.

 

Enfin, L’auteur pose une réflexion sur le statut d’ « OS à vie » de l’émigré-immigré qui marque une fois de plus le rapport de force en donnant au terme d’OS une définition sociale statique. Ainsi nous dit le sociologue, c’est quand « la réalité technique et strictement professionnelle  de l’OS se constitue en pivot central de toute l’existence de l’immigré, qu’elle est le plus discréditée, le plus dépréciée . »

 

L’intégration , l’assimilation et la naturalisation

 

Il s’agit ici de trois notions lourdes de sens et de symbole qui renforcent les anciens rapports de force entre l’ancienne colonie et la France.

 

La première d’entre elles, l’intégration est, comme l’expose Abdelmalek Sayad en proie à de forts symboles et de sous-entendus admis implicitement qui ne reconnaît à l’émigré-immigré qu’un statut passif dans la société d’accueil. Ainsi, « le discours sur l’intégration est un discours fondé sur la croyance (et le préjugé) ». L’intégration à en France en goût d’assimilation puisqu’une « caractéristique spécifiquement française consiste à consommer et à tout assimiler, individus, groupes, ethnies, cultures, langues, nations, etc » . Ce terme d’assimilation suppose que se soit une action, un effort du pays d’accueil, rappelant une France assimilationniste et coloniale, et n’attribue qu’un rôle totalement passif aux émigrés-immigrés. Cependant, le manque d’intégration ou le manque d’assimilation est un reproche que l’on ne fait qu’aux émigrés-immigrés, encore comme indicateur de la passivité de cette population.

 

                La naturalisation est  un concept que l’auteur qualifie de « douce violence ». Alors même que les Algériens tentent d’accéder à leur indépendance,  ou bien ont réussi à redevenir algériens,  les immigrés, du moins certains d’entre eux , sont naturalisés français. Cette naturalisation, afin de profiter des commodités du statut de citoyen français est loin d’être considérée comme un acte purement  juridique, un règlement administratif. En effet, la charge symbolique qu’elle contient  est lourde :  « rite d’initiation », véritable « cérémonie d’intronisation » à travers laquelle l’immigré fait son acte d’allégeance à la France. Ainsi «  la naturalisation ne manque pas de prendre la forme d’une allégeance au dominant dont on recherche la protection ». Le sociologue ajoute que « le cumul des effets d’une double domination, l’ancienne et l’actuelle, confère à la naturalisation et au rapport de force qui est à son principe, une surdétermination de sens qui semble atteindre, ici son paroxysme ». La naturalisation, du fait de son histoire, représente un acte difficile à accomplir. Cette naturalisation est d’autant plus violente quand la France confère sa nationalité de façon systématique aux enfants nés sur son territoire. Le droit du sol dérobe à l’Algérie les nouvelles générations issues de son émigration. La naturalisation, cet acte « suspect et blâmable » est avant tout vue comme un choix d’une nationalité au détriment de l’autre, rapport de force entre deux « amours-propres nationaux » où le vocabulaire est d’avantage moral que politique. C’est d’abord une question d’ « honneur, ( dignité, privilège, mérite, obligation, etc) ».

 

Le choc en retour sur la société d’origine

 

Ces rapport de force se retrouvent dans les relations entre émigrés-immigrés et le pays d’origine, et génèrent une fissure entre les deux parties. C’est le « paradoxe du tas de sable » puisque  l’émigration crée un gouffre car elle dépossède progressivement l’Algérie de ses nationaux. Comme l’émigration est voulue, cet acte est vite énoncé en terme de « dénonciation, d’accusation » dans la mesure où cette émigration a cessé de subvenir, comme dans le passé, aux besoins des populations restées en Algérie.

 

Abdelmalek Sayad expose ici un nouveau rapport de force  où les émigrés seraient devenus de « sordides usuriers », et les Algériens du pays « de vulgaires profiteurs ». Le sociologue met en lumière des rapports sociaux essentiellement basés sur la compétition entre groupes que l’histoire commence à séparer. La « promotion illégitime » des émigrés est illégitime puisqu’elle s’accomplit en dehors de l’ordre national. C’est cette « promotion » qui instaure un rapport de force  destructeur au sein du pays d’accueil.  Et rappelle encore une fois ce rapport de force, qui semble s’être intégré dans les rapports entre l’Algérie et les émigrés algériens en France. Rapport d’autant plus violent si les émigrés sont naturalisés puisqu’ils passent alors dans le camps du dominant.

 

Une science de l’émigration dépendante de la science de l’immigration ?

 

                Le sociologue déplore enfin une vision inversée du phénomène migratoire où l’émigration semble être devenue le produit de l’immigration. L’immigration, qui est en soi marquée par une présence, est beaucoup plus facile à appréhender, à mesurer et à contrôler. L’émigration, quant à elle, reste une absence qui, comme le précise l’auteur « se masque, se comble, se nie ». Ainsi, l’observation de l’émigration ne peut s’effectuer qu’en creux, c'est-à-dire à travers l’observation de l’immigration. Ce privilège que dévoile Abdelmalek Sayad, est également visible dans la littérature. Il pointe alors l’abondance de la littérature sur l’immigration et la défaillance de la littérature d’émigration.

 

                L’auteur transpose cette problématique sur le champs politique : c’est un grand avantage de pouvoir accumuler des informations et des données statistiques afin de rendre compte de l’ampleur du phénomène. Le pays d’origine est, pour sa part, contraint d’« interroger l’immigration » pour connaître sa propre émigration. Avantage politique et économique qui peut s’avérer très utile dans les négociations avec le pays d’origine. Le sociologue affirme  que l’Algérie est  sans doute le pays d’émigration le plus dépendant dans ce domaine. Cette réflexion nouvelle l’amène à définir une « science de l’absence » ou « science de l’émigration » nécessaire pour restreindre la dépendance de l’Algérie face à la France et pour que l’émigration soit d’avantage prise en compte en France.

 

« Il faut que l’émigration cesse d’être cette « chose » honteuse dont on ne peut parler » pour que puisse se créer une « science de l’absence ». Tant que le sujet restera tabou, les conditions ne seront pas favorables à la réalisation d’une telle science. Abdelmalek Sayad pose alors le questionnement suivant : L’émigré-immigré doit-il nécessairement subir cette double condition productrice de tant de douleurs ? N’est-il pas possible pour ces « déplacés » de conjuguer, comme il le souhaitent, les deux conditions propres à leur situation, pour qu’elles deviennent des avantages cumulés et non des souffrances enfouies ? Une coexistence pacifique de ces deux identités semble désormais possible et propice à la création d’une science de l’émigration.

 

*** 

 

 

La double absence doit  être considéré comme le bilan de plusieurs dizaines d’années de recherche sur les migrations. Alliant parfaitement connaissance du terrain et maîtrise sans faille de l’outillage théorique des sciences sociales, Abdelmalek Sayad y propose une analyse minutieuse de ce que fut ( et de ce qu’est à l’heure actuelle ) la condition de l’immigré algérien en France.  Son double regard diachronique (historique) et synchronique (actuel) restitue aux émigrés-immigrés leur  « dignité sociale ». Toutes les dimensions de cette condition sont passées en revue : la dimension économique bien sûr, mais aussi politique, culturelle et psychologique. L’oeuvre de Sayad est, tout entièrement tendue vers la volonté de porter à la conscience de ceux qui les subissent les mécanismes économiques, politiques et sociaux qui sont à l’origine des déplacements de population. Elle s’adresse ainsi avant tout aux immigrés eux-mêmes, ce qui fait d’elle, selon le mot de Pierre Bourdieu, une science « de service public ». Le sociologue Abdelmalek Sayad a produit "une pensée à rayonnement mondial", a indiqué, à ce propos, l'historien français Gérard Noiriel, soulignant que l'œuvre de ce penseur algérien "intéresse de nombreux chercheurs à travers le monde et il est utile de la rappeler aux jeunes générations ».
 

 

 

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Published by Lola Gazounaud - dans Migrations
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  • Lola Gazounaud
  • Je suis étudiante en langue & civilisation arabe à Paris. Passionnée de l'espace méditerranéen, je rassemble les connaissances me permettant de mieux appréhender cette région du monde.
  • Je suis étudiante en langue & civilisation arabe à Paris. Passionnée de l'espace méditerranéen, je rassemble les connaissances me permettant de mieux appréhender cette région du monde.

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