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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 18:14

 

Tout commence le 11 septembre 2001, le jour de mon 14e anniversaire. Nous étions, moi et mes camarades de classe, en cours d’histoire, quand notre professeure brandit subitement la télécommande de la télévision et là, stupeur générale…Des images encore inédites pour nos yeux novices d’adolescents. Nous regardons les deux tours dont nous avions (ou en tout cas, moi) récemment appris l’existence en cours d’anglais à l’occasion d’une visite virtuelle de New York.

 

Ces images envahissent sans vergogne le petit écran, alors que nous restons figés, ébahis devant le spectacle ahurissant de ces deux tours qui s’effondrent sur elles-mêmes. Je me rappelle avoir été terrifiée d’assister en direct aux suicides désespérés d’hommes et de femmes, qui, conscients de la mort certaine qui les attendait, préféraient se jeter par les fenêtres. Et notre professeure de lancer, dans le vif de l’émotion, «ça y est, c’est la troisième guerre mondiale ! » J’avais alors, sans le savoir, une idée très claire de ce que pouvait être le terrorisme, terrorisme non pas en tant que notion ou concept politique mais en tant que ressenti ! Terrorisme, terrorisme…Cela semblait effectivement correspondre à cette sensation de frayeur qui avait brusquement fait irruption dans mon esprit.

 

Après-coup, cela avait sans doute fait écho au cours d’histoire sur l’après-révolution, la Terreur. Même sans être toujours attentive aux explications des instituteurs, on se souvient tous, je pense, du nombre incalculable de têtes qui avaient été tranchées pour un oui ou pour un non ! Terrorisme, terreur, cela faisait donc sens comme autant de mots funestes, souvent synonymes de mort, de drame, d’injustice…Des histoires d’Homme quoi !

Des mots d’autant plus parlant, je l’ai compris plus tard, que leur essence abstraite et nébuleuse se marie parfaitement avec cet imbroglio d’émotions que j’avais alors vécues devant ce spectacle moribond, qui défiait jusqu’aux plus grandes productions hollywoodiennes !

Les années ont passé et le sens même de ce mot, utilisé pour ainsi dire à toutes les sauces s’est brouillé pour enfin perdre totalement de sa consistance. Car, de l’expression d’un ressenti, d’une émotion aussi violente que funeste, le terme « terrorisme » est devenu une accusation. Cette parole, dont la justesse de sens résidait précisément dans son absence de visage, dans ses contours indéfinis qui la rendaient d’autant plus effroyable, s’est prêtée aux manipulations politiques modernes. Véritable « apocalyptisation » de la pensée, puisque chaque évènement grandiose ( de l’attentat à la catastrophe naturelle) est en proie à des interprétations qui se distinguent par leur gout amer de « fin du monde » et qui s’attachent méthodiquement à diaboliser et à culpabiliser l’action humaine.

Bref, une atmosphère sinistre qui nous fait perdre notre latin ! Car, trop de terrorisme tue le terrorisme, dirons-nous…Alors que les moyens de communication ne cessent de se développer pour créer ce fameux village planétaire au sein duquel des mots comme « lol », « internet » et bien d’autres encore, naviguent d’une rive à l’autre, faisant sens à une bonne partie de l’humanité, le terme « terrorisme » bien qu’internationalisé, n’a lui pas de définition précise, alors même qu’il est fréquemment employé en droit international. Mais, je laisse à des penseurs aguerris le soin de tabler sur cette question de définition, en première ligne Jacques Derrida et Noam Chomsky.

Ce n’est pas directement de politique dont il est question ici. Car ce flou sémantique laisse libre court à l’esprit de chacun, et si la pensée politique travaille efficacement pour assurer sa suprématie quant à la signification de ce mot fourre-tout, l’usage excessif du terme est de la responsabilité de tous.

C’est notre capacité à juger l’ « Autre » qui se reflète à travers le passage du terme« terrorisme » à celui de « terroriste ». Le terme « terrorisme » était, humainement parlant, chargé de sens tant qu’il révélait un ressenti individuel ou partagé socialement, qui demeurait dans la sphère de l’intériorité, de l’intime. Mot maladroit certes, puisque chacun ressent la terreur de façon différente et pour des raisons variées, mais qui avait le mérite d’extérioriser un sentiment intérieur et donc forcément réel pour la personne qui le ressent. La sphère extérieure ne peut dans ce cas qu’accepter cette réalité qui lui est étrangère, sans pour autant être en mesure ou encore obligée de la partager. C’est d’ailleurs la beauté du langage des émotions qui ne connait pas de réalité absolue. Au contraire le terme « terroriste » tente de façon insinueuse d’intérioriser une réalité extérieure qui se prétend, elle absolue. Or, nous connaissons bien les dangers de l’absolutisme, de la Vérité imposée qui, dans toutes les sociétés et à toutes les époques, n’a porté que violence.

Ainsi, aujourd’hui, certains « Autres », que nous ne connaissons pas personnellement ont disparu sous l’armure du terme « terroriste ». Cette dénomination est particulièrement confortable puisqu’elle ne requiert aucune réflexion et légitime toute agressivité à l’égard de ces dits individus.

Pourtant, nous avons oublié que les résistants au Nazisme, étaient eux-mêmes qualifiés de terroristes par des individus qui ont été les responsables de millions de morts. Nous oublions que derrière le terme terroriste qui qualifie les membres du Hamas, se trouve une population palestinienne qui est en proie à une occupation avilissante par les forces israéliennes. Derrière ce même terme, se cachait une partie de la jeunesse italienne, assez désespérée de la situation politique dramatique de leur pays pour commettre des actes criminels qui font encore écho dans la société d’aujourd’hui. Toujours et encore terroristes étaient appelés certains Algériens en lutte pour l’indépendance de leur pays après une colonisation destructrice de plus d’un siècle…Et les exemples sont légion.

Tout comme les attentats du 11 septembre 2001, les actions citées sont effectivement des actes de terrorisme, puisque ils ont semé la terreur, mais de là à dire que les responsables sont des terroristes, l’évidence d’une telle conclusion est d’autant plus dangereuse qu’elle semble tenir d’une logique implacable. Est-ce vraiment le cas ? Il me semble pourtant qu’être terroriste n’est pas une carrière que l’on aurait choisi. On n’est pas terroriste comme on est garagiste ou encore esthéticienne ! On peut ainsi être responsable de tels actes, sans pour autant être un coupable absolu.

Car comment peut-on accuser Israël de sauvagerie envers les Palestiniens, quand l’Europe s’est montrée d’une cruauté impensable envers les populations juives, une partie d’elle-même. Comment peut-on condamner les « islamistes » radicaux sans tenir compte du soutien sans faille que nous offrons au pays qui les finance, l’Arabie saoudite, pour des raisons de profits économiques. Comment peut-on pointer du doigt la cruauté de certains habitants du désert qui prennent en otage des Européens alors que la raison même de ces actions est à rechercher dans les agissements politiques que certains appellent néo-colonialistes, de ces mêmes Européens. Ainsi, pas de coupables, ni de victimes…Seulement une multitude de responsables. Il n’y a rien d’angélique, rien de naïf à tenir de tels propos. Car à toujours vouloir désigner des coupables, on en oublie sa propre responsabilité.

La culpabilité…Voici une clé de lecture intéressante pour éclairer notre réflexion sur le terme de «terroriste ». La culpabilité est une autre construction de l’esprit humain, qui est autant rassurante qu’elle peut être destructrice. La culpabilité est un sentiment intime, de cette sphère intérieure d’où jaillissent nos émotions. La culpabilité a honte d’elle-même, car quoi de plus désagréable que de se sentir coupable d’une action, d’une pensée, d’une envie et de craindre le jugement de l’autre ? Mieux vaut alors tout dissimuler. Mais y parvenons-nous vraiment ? Car, alors que cette même sphère intérieure ne supporte pas ce lourd poids, l’esprit humain est assez intelligent pour se tromper lui-même et user de la ruse quand nécessaire pour se débarrasser de l’inconfortable. Ainsi, la culpabilité s’extériorise admirablement bien ! Et, en refusant de parler de nous, par crainte de dévoiler ce sentiment dérangeant, on finit par ne parler que des autres. Mais, et voici la fameuse ruse, au cours de ce processus d’extériorisation, la culpabilité se transfère sur l’autre, et se transforme donc en accusation. L’accusation est ainsi une tentative de blanchiment, d’un acquittement de sa propre personne. Malin ! Cela serait presque souhaitable si les conséquences n’en étaient pas si dramatiques. Malheureusement, l’accusation est souvent synonyme d’agression, l’agression appelant l’agression, on entre dans ce cercle vicieux dont il devient difficile de sortir. La ruse se transforme alors en piège féroce !

Tellement féroce que l’on peut se demander si cela en vaut vraiment la peine. C’est une question légitime, tout en étant une question tabou puisque l’ensemble de notre sociabilité semble en proie à cette culpabilité originelle. Convient-il réellement d’ouvrir cette boite de Pandore ? Une question d’apparence simple qui s’avère particulièrement « déconstructrice », puisqu’elle remet en cause nos institutions et nos êtres respectifs. Ainsi, comment transcender l’opposition innocent/coupable quand le sens de la justice, du bien et du mal nous a été enseigné depuis notre plus jeune âge.

Il n’y a là pas de réponse univoque et c’est peut-être là le problème. Habitués à ces jugements et dépendants de ces certitudes, nous tentons désespérément de nous libérer d’un questionnement existentiel qui nous hante depuis le début de l’humanité. Et si la « vraie » libération était à rechercher dans la fameuse complexité que prônent maintenant de nombreux intellectuels, parmi eux, Edgar Morin, qui écrit dans son ouvrage "La Méthode": « La morale non complexe obéit à un code binaire bien/mal, juste/injuste. L’éthique complexe conçoit que le bien puisse contenir un mal, le mal un bien, le juste de l’injuste, l’injuste du juste ».

Ainsi, plus d'absolu, plus de certitudes et donc plus de jugements. Pouvons-nous imaginer plus douce sensation que de pouvoir s’accepter soi-même et donc également les autres sans jugement inquisiteur ? Plus de coupable, le rêve ! C’est ce que propose par exemple la méthode de communication de Marshall Rosenberg, dite communication non violente. Qu’elle est-elle ? Elle est l'observation sans jugement nous portant à l’acceptation de l’humanité dans son intégralité complexe car l’humain et la vie en général sont les produits d’un riche ensemble : violence, amour, cruauté, créativité, désir, frustration, haine…et bien d’autres. Ça en fait des choses à digérer, mais si la digestion peut sembler pénible le résultat est d’une incroyable légèreté. Ainsi, plus de terroristes, mais des humains en proie à des situations qui ont fait surgir en eux la part de violence qui nous habite tous. Il ne s’agit alors plus de condamner ces individus mais de tenter d’analyser cette situation destructrice et auto-destructrice et de partager équitablement la responsabilité de cette situation. Nous n’aurions ainsi aucune honte à dissimuler, simplement le bonheur ou plutôt le soulagement de pouvoir partager ces sentiments entremêlés, contradictoires et complémentaires de notre sphère intérieure et cela, même dans l’adversité.

 

 

 

Pour en savoir plus sur:

 

· Sur la notion de « terrorisme »

- "Qu'est-ce que le terrorisme?" de Jacques Derrida pour le Monde Diplomatique (2004)

http://www.monde-diplomatique.fr/2004/02/DERRIDA/11005

 

- "Le terrorisme et la réponse appropriée" de Noam Chomsky (2002)

http://www.chomsky.fr/articles/20020702.html

 

- "Terrorisme : la nécessité d’une définition universellement acceptée" de Margot Zapata (2011)

http://m2bde.u-paris10.fr/node/2333

 

· Sur la communication non violente

- Interview de Marshall Rosenberg (2002)

http://nvc-europe.org/SPIP/IMG/pdf/Interview_MR_avant_conference_Unesco_2002.pdf

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Published by Lola Gazounaud - dans Conflits et médiations
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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 21:32
  
  
L'Anti-choc des civilisations
  
Médiations méditerranéennes
 
de Phillipe Barbé
 
Editions de l'Aube, collection Monde en cours, Paris, 2006
  
    

Dans cet ouvrage, Philippe Barbé, docteur en sociologie et en littérature, et enseignant à l'université de Californie, répond à l’intellectuel Samuel P. Huntington, auteur de « The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order », et soumet  les nombreuses apories de cette thèse à une critique minutieuse.

 

 Composé de trois chapitres principaux, cet ouvrage, méthodique et original, ne se limite cependant pas à une simple déconstruction de la modélisation réductrice des civilisations et de la théorie du prétendu choc que fait  Huntington, mais s’emploie à éclairer cette théorie de la pluralité concurrentielle des civilisations à la lumière de la méta-communication que représentent l’image et la psychologie collective au sein de laquelle cette thèse a été produite et entendue.

 

Philippe Barbé dédie son dernier chapitre à l’espace méditerranéen, occulté dans la pensée de Huntington, afin de réfléchir à une possible médiation entre les deux civilisations « rivales », l’Occident et l’islam. Ainsi, se livre pose une question fondamentale : dans quelle mesure cette représentation « factuelle » et dangereuse du « choc des civilisations » révèle le malaise identitaire profond que vivent actuellement et différemment les Etats-Unis et l’Europe ?

     
Quelles civilisations ?
 
Philippe Barbé souligne méthodiquement les limites de la démarche scientifique de Huntington en éclairant trois notions fondamentales de son ouvrage : la civilisation, l’Occident et l’Orient.
 
 
1.          De « la Civilisation » aux  civilisations ?
 
 
Si Huntington admet la nature hiérarchisante et ethnocentriste du terme civilisation, qui, au singulier, s’est défini exclusivement en opposition à la barbarie, son détracteur remarque néanmoins la prééminence accordée à la barbarie dans son modèle. En effet, Huntington tend à naturaliser la différence dite universelle entre le civilisé et le barbare puisque, face à la menace d’inintelligibilité, la simplification des concepts et des identités semble se justifier, malgré la vision déformante qu’elle impose. Huntington accrédite ce « réductionnisme binaire » en évoquant la tentation naturelle de toutes sociétés humaines de diviser le monde « entre nous et eux, notre civilisation et ces barbares. » Afin de déconstruire cette opposition linéaire, Philippe Barbé cite le sociologue Pierre Bourdieu et affirme que « ces schèmes de pensée d’application universelle enregistrent comme des différences de nature, inscrites dans l’objectivité, des écarts et des traits distinctifs qu’ils contribuent à faire exister en même temps qu’ils les « naturalisent » en les inscrivant dans un systèmes de différences, toutes également naturelles en apparence […] ».
 
Cette logique de différenciation impose un point de repère, l’Occident, et révèle l’absence d’une véritable volonté de définir les civilisations du monde[1]. Philippe Barbé note ainsi la surreprésentation  de trois civilisation: l’Occident, l’islam et la Chine plus marginalement, ces deux dernières n’étant considérées que dans leur opposition à l’Occident, « valeur-refuge» pour comparer les autres civilisations non-Occidentales. La centralité de l’Occident est d’autant plus évidente que, selon Huntington, elle est la seule civilisation pouvant prétendre à l’universalité. Si Huntington affirme que le sujet de son ouvrage sont les civilisations au pluriel, sa volonté de définir les civilisations exclusivement par rapport à la menace qu’elles représentent pour l’Occident, est la preuve, selon Philippe Barbé de son ethnocentrisme et discrédite sa démarche scientifique.
 
Une fois l’objectif de Huntington mis à jour, Philippe Barbé dénonce son manque de réflexion autour de la notion même de civilisation. En considérant l’interchangeabilité entre les termes civilisation et culture, Huntington admet tacitement que son intérêt ne porte pas tant sur ces « entités culturelles » en soi mais plutôt sur  leur opposition à l’Occident. Alors que Huntington distingue initialement neuf civilisations dans le monde, Philippe Barbé s’interroge : doit-on considérer qu’il existe seulement neuf cultures ? Enfin, si Huntington doute de l’existence d’une civilisation africaine, cela signifie-t-il qu’il n’existe pas de culture africaine ? L’auteur comble cette lacune à l’aide des mêmes sources universitaires utilisées par Huntington. Il offre ainsi une définition de civilisation plus objective : la civilisation est, de façon élémentaire, un « état ou une condition spécifique de la vie collective » et existerait partout où il y a sociabilité. Il se rapproche ainsi de la définition de l’historien Fernand Braudel : « la civilisation, c’est à peu près l’histoire » de l’humanité.
 
 
2.          Quel Occident ?
 
 
Si  Huntington est bien conscient du caractère confus et ethnocentriste du terme « Occident », il  conserve toutefois cette terminologie « simplifiée », malgré les nombreux obstacles qu’elle implique. En mentionnant la civilisation occidentale comme concept communément admis pour désigner la civilisation euro-américaine, il dévoilerait, selon son détracteur, « l’incapacité de saisir l’essence et surtout les frontières de l’Occident ». Et ce, « en survalorisant la variable religieuse.» En effet, datant l’émergence de la civilisation occidentale vers 700 ou 800 après Jésus-Christ, Huntington admet tacitement que l’Occident serait né en réaction à l’Islam, et confirme l’exclusivité et la surdétermination de la variable religieuse dans l’identité occidentale. Cependant, il occulte la séparation d’abord politique puis religieuse des Empires d’Occident et byzantin, qui, au même titre que l’islam ont contribué à consolider l’identité occidentale et chrétienne de l’Europe.
 
 De plus, la distinction nette entre l’Occident et le non-Occident n’est pas effective si l’on considère que l’Occident moderne se fonde sur des valeurs capitalistes transcendant les clivages religieux et les frontières du prétendu « bloc occidental »[2]. De même la répartition du christianisme dans le monde dépasse largement les frontières de l’Occident définit par Huntington[3]. Philippe Barbé déconstruit également l’idée d’un bloc occidental homogène, que Huntington perçoit dans l’alliance euro-américaine basée sur une communauté de destin. Les attentats du 11 septembre 2001 ont effectivement mis en exergue des divergences fondamentales entre deux visions du monde, deux identités diverses : Une Europe affaiblie aussi bien politiquement que militairement, toujours en proie à une hiérarchie cinglante, profondément idéaliste et moraliste face aux Etats-Unis hyperpuissant, Monde Libre, réaliste et « arrogant » qui soumet le monde à sa « loi du plus fort ».
 
Alors que le néo-conservateur Robert Kagan a annoncé triomphalement, en 2003[4], la « fin de l’alliance moribonde » entre l’Europe et les Etats-Unis, Huntington semble utiliser la prétendue faiblesse de l’Europe déchristianisée pour instituer les Etats-Unis comme leaders de l’Occident dans le but de faire face à l’expansion de l'islam. L’un voit le triomphe des Etats-Unis, leur supériorité militaire mais aussi analytique, spirituelle et morale, diminués par le « fardeau européen », le second voit dans ce « fardeau européen » une destinée des Etats-Unis, seule force spirituelle capable de lutter contre l’islam et prévenir le déclin de l’Occident. Dans les deux cas, les Etats-Unis sont un point de comparaison et de repère pour l’Europe.
 
 
 
3.          De l’Orient  au Reste du monde
 
 
Si Huntington reconnait que l’unité du « non-Occidental » et la dichotomie Orient-Occident sont des mythes créés par et pour l’Occident, il reprend toutefois la même dichotomie pour cette fois opposer l’Occident au « Reste du monde ». Philippe Barbé dénonce l’ «ultra-orientalisme» de Huntington, qui reproduit «un discours stéréotypé sur l’Autre oriental», le non-Occidental. Il traduirait ainsi la permanence d’une volonté impérialiste de dominer un « Autre civilisationnel » imaginé et figé, de sorte que l’Orient, victime d’une « violence politique présente d’une façon latente » soit condamné à demeurer ce qui est connu de l’Occident. De cette façon, l’Occident rendrait légitime le « déséquilibre politique entre un pôle dominant et un pôle dominé ».
 
 
Tout en reconnaissant la complexité du monde, qui ne peut être réduit à une opposition binaire entre Orient et Occident, Huntington maintient cet antagonisme et l’accentue : s’il accepte d’entrevoir la complexité, elle ne concerne que l’Orient qui devient  indifférencié et inintelligible à part entière puisque il est renommé « the Rest », alors que l’Occident demeure l’Occident, immuable. « Le chaos propre au « reste du monde » ne retrouve ici un sens que lorsqu’il est confronté à l’homogénéité et à la rationalité d’un Occident qui reste étonnement transparent et identique à lui-même. »
 
 
Cependant, dans ce chaos, Huntington identifie une menace distincte, l’islam. Reprenant à son compte les réflexions de l’historien Bernard Lewis, il confirme avec une sélection de faits historiques, la menace qu’a été dans l’histoire et que continue d’être aujourd’hui l’Islam pour l’Occident. Cette affirmation induit deux erreurs selon Philippe Barbé. D’une part, l’islam est pensé comme une entité transfrontalière représentée par le concept de la « umma », notion fondamentale de la foi musulmane. Vision largement réductrice de l’islam qui ne perçoit qu’une civilisation musulmane homogène, faisant fi de toutes ses nuances et schismes. De plus, Huntington se veut encore plus englobant puisque là où certains distinguent l’islam et l’islamisme radical et violent, l’auteur du « Choc des civilisations » ne voit qu’une même menace, les musulmans, et met en garde contre l’angélisme de ceux qui maintiennent une telle distinction.
 
La simplification à outrance et les affirmations péremptoires de Huntington sont, pour Philippe Barbé, un obstacle majeur à l’étude approfondie des civilisations. Mais, nous affirme-t-il, cette approche est sans doute le seul moyen pour valider sa théorie sur les relations conflictuelles entre les civilisations, puisque l’opposition sémantique des notions à la base de sa thèse (civilisation/barbarie, Occident/Orient) prépare à la prétendue hostilité du non-Occidental envers l’Occident.
 
Quel choc ?
 
 
 
Philippe Barbé réfute, dans un second temps, l’idée d’un choc  civilisationnel entre l’Occident et son « altérité absolue ». Il interroge ainsi les limites entre le géopolitique et le civilisationnel, dénonçant une instrumentalisation idéologique de Huntington qui entache son approche scientifique d’une partialité et d’un « nationalisme » servant avant tout les intérêts de son pays.
 
 
1.          Quelles limites entre le géopolitique et le civilisationnel ?
 
 
Tout d’abord, Huntington postule qu’à la lutte idéologique suivra une lutte civilisationnelle. Cette opposition nette dans la nature des conflits semble, en vue de l’analyse de Philippe Barbé quelque peu radicale.  C’est effectivement oublier le rôle central qu’a tenu la religion, principal élément d’une civilisation selon Huntington, pendant la Guerre Froide où se sont affrontés les Etats-Unis chrétien et l’Union soviétique athée et anticléricale. C’est également occulter les éléments géopolitiques et idéologiques du conflit entre les islamistes et les Etats-Unis, et non pas l’Occident tout entier. De plus, ce serait dans une période de transition allant de 1988 à 1993 qu’aurait émergé une nouvelle ère civilisationnelle. Trois évènements sont évoqués. D’abord, la guerre russo-afghane (1979-1989), commencée en guerre idéologique, elle s’est achevée en guerre civilisationnelle car « les musulmans l’ont partout conçu ainsi » énonce Philippe Barbé, citant Huntington. Ensuite, la première guerre du Golfe (1990-1991) qui est devenue civilisationnelle quand le gouvernement états-unien a décidé d’intervenir dans un conflit régional entre l’Irak et le Koweït. Enfin, la tentative d’attentat échouée contre le World Trade center (1993), « constitue de facto, une déclaration de guerre contre le monde libre ». Philippe Barbé dénonce clairement la superficialité de son analyse qui met en doute la théorie dite scientifique de la prédominance des enjeux civilisationnels sur ceux géopolitiques.
 
Huntington brouille à nouveau les limites entre le géopolitique que et le civilisationnel de façon insidieuse en assimilant automatiquement l’« Autre civilisationnel » à l’ennemi. Il transpose abusivement « l’hostilité politique entre l’ami et l’ennemi » théorisée par le juriste Carl Schmitt, à l’échelle élargie des relations entre les religions, les civilisations. L’essence du politique résiderait effectivement selon Carl Schmitt dans la découverte ou la fabrication d’un ennemi à un niveau strictement politique et étatique, puisque sans la distinction entre l’ami et ennemi, il n’y aurait pas de politique. Néanmoins, s’il est vrai que l’identité civilisationnelle ne se révèle qu’au miroir de l’ « Autre », le « eux » permet une identification collective du « nous », Philippe Barbé réfute l’idée selon laquelle seule l’opposition active à l’autre assure l’accès à l’identité du « nous ». Dans un modèle qui souhaite fabriquer un nouvel ennemi pour maintenir la puissance de l’Occident, le « non-Occidental » devient « l’anti-occidental ».
 
 
2.           Huntington : De l’universitaire  à l’idéologue
 
Pour théoriser ce modèle, Huntington fait usage de la démarche scientifique empirique, accumulant des observations et des faits mesurables. Si Philippe Barbé s’accorde à dire que cette démarche est un moyen efficace pour étudier les civilisations, il s’oppose néanmoins à l’« hyperempirisme » de Huntington qui, loin de « valider son modèle à partir d’un traitement statistique d’une pléthore de données », se contente de sélectionner des données qui validerait sa modélisation : il biaise ainsi son analyse par une sélection initiale partiale pour établir des statistiques confirmant la prédominance de conflits intercivilisationnels[5]. Cette approche luit permet ainsi d’occulter les conflits intra-civilisationnels alors qu’« il y a deux fois plus de conflits politiques à l’intérieur de l’islam qu’entre l’islam et l’Occident ».
 
 
Philippe Barbé dénonce une instrumentalisation de l’interprétation des faits qui « s’il ne sauraient mentir » , ne parlent pas non plus. Cette démarche a également l’inconvénient de surreprésenter la menace musulmane alors que le « péril asiatique », également modélisé par Huntington n’est identifié qu’au travers des désaccords sur la prolifération des armes nucléaires et le vote en faveur de Sydney plutôt que de Pékin pour les Jeux Olympiques de 2000. Une « inhibition méthodologique », telle que le définit Philippe Barbé qui s’accompagne d’une partialité explicite dans la sélection des évènements.
 
 
La thèse du “Choc des civilisations” n’est effectivement pas neutre, ce qui réduit la crédibilité scientifique de la théorie. L’objectif de Huntington est ainsi clairement défini en cinq points : « ordonner la réalité » (1.) en distinguant « ce qui est important de ce qui ne l’est pas »(4.), utiliser des paradigmes simplifiés pour mettre en exergue les liens de causalité entre les phénomènes sélectionnés(2.), afin d’anticiper, voire de prédire les évènements futurs(3.) et de mieux servir « nos » intérêts (5.). Le parti-pris est explicite, et à la vue de sa thèse, Philippe Barbé traduit cette démarche par une volonté d’Huntington de « prolonger par d’autres moyens et à l’échelle de la planète la victoire de l’Occident et des Etats-Unis  sur le communisme », confirmant ainsi la prétendue supériorité civilisationnelle de l’Occident et des Etats-Unis sur le monde.
 
 
3.          Le « 11 septembre 2001 » : un choc civilisationnel ?
 
 
Les attentats du « 11 septembre 2001 » ont suscité un élan de solidarité mondiale et spontanée envers le peuple états-unien.  Immédiatement interprétés comme une déclaration de guerre contre le monde civilisé, ces attentats sont devenus un « évènement pur et absolu » à partir duquel l’équilibre de la planète et la logique de la mondialisation ont été remis en question, comme le prouve la rhétorique symbolique du gouvernement américain  qui évoque un « axe du Mal », une « guerre contre la terreur ». Ce serait clairement les valeurs démocratiques de l’Occident qui auraient été attaquées. Huntington prétend d’ailleurs que l’alignement derrière les Etats-Unis de toutes les autres puissances occidentales est la preuve que les réactions au « 11 septembre » correspondent aux lignes civilisationnelles, oubliant de fait le soutien de nombreux pays musulman aux Etats-Unis. Philippe Barbé réfute ces interprétations insidieuse : il s’agit d’abord d’un accident localisé qui, loin de s’attaquer à l’Occident, n’auraient eu pour cible que les Etats-Unis. Selon lui, la dichotomie entre le civilisé et le barbare est ici réactivée à des fins idéologiques, bien loin des conflits civilisationnels.
 
Philippe Barbé note en effet que la prétendue étrangeté radicale des coupables par rapport à la civilisation occidentale, suffit à expliquer un crime, sans que d’autres causalités politiques soient établies. Ainsi aucune interprétation ou réflexion sérieuse sur les attentats du 11 septembre 2001 n’a été stimulée au profit d’une dimension humaine avec l’humanisation exacerbée des victimes, ou d’une approche technique de la destruction. Philippe Barbé dénonce également la vision du terrorisme de Huntington, qui n’imagine qu’une « forme orientale, musulmane et anti-occidentale de terrorisme ». De la même façon, le président des Etats-Unis George W. Bush déclarait que « quiconque servait le Mal ne pouvait être américain.» Ce discours est d’ailleurs vivement critiqué par des penseurs comme Jacques Derrida et Noam Chomsky qui remettent en cause l’ « immunité occidentale au terrorisme international » et l’instrumentalisation politique, au travers de discours sur le Bien et le Mal, qui vise à transformer le message politique des attentats en un simple message de terreur et de haine et ainsi éviter les questionnements sur la nature terroriste de la politique étrangère américaine.
 
Ainsi, le fondement théorique qui oppose le conflit idéologique au conflit civilisationnel perd tout son sens si l’on considère la description et l’analyse « intéressées » de Huntington. Philippe Barbé voit d’ailleurs dans les attentats du 11 septembre 2001 et ses conséquences politiques la preuve d’une instrumentalisation idéologique effective permettant de contourner les éléments idéologiques qui illustreraient l’impérialisme et l’orientalisme des Etats-Unis, ou comme le définirait Huntington « la supériorité civilisationnelle » de l’Occident et particulièrement des Etats-Unis, qu’il souhaite préserver.
 
« Une culture de la peur et de l’ennemi »
 
Un des grands intérêts de cet ouvrage est d’avoir intégrer une analyse systémique et psychologique dans sa critique du « choc des civilisations ». Décortiquant ainsi tout un système de représentations de l’Autre et de soi-même au travers l’étude des images, Philippe Barbé met en lumière cette sorte de méta-communication afin d’éclairer la théorie de Huntington et la « culture de la peur et de l’ennemi » qu’elle véhicule aux Etats-Unis, mais pas seulement.
 
1.          Représentation du Mal par l’image aux Etats-Unis : de l’ennemi soviétique à l’ennemi islamiste
 
Pendant la guerre froide, Hollywood n’a pas manqué de représenter l’ennemi soviétique comme une incarnation du Mal qui viendrait troubler la nation états-unienne. Cette menace imagée s’est adaptée au climat politique et psychologique de la société états-unienne. Pendant les années 1950, éprouvées par le maccarthysme, le cinéma états-unien n’a représenté l’ « ennemi communiste » que de façon indirecte « sous la forme allégorique d’un fléau », extraterrestre ou parasite dans des films d’horreur ou de science-fiction[6]. Irreprésentable sous des traits physiquement humain, de par son altérité absolue, la menace soviétique s’ « humanise » à partir du début des années 1970, sous l’administration Reagan. « Reconstruit comme archétype du Mal », l’ennemi soviétique n’est interprété que par des acteurs étrangers[7]. Dés la fin de la guerre froide, Philippe Barbé remarque  l’« américanisation » de l’ennemi soviétique. La réhabilitation visuelle d’une menace communiste affaiblie permet aux icônes d’Hollywood de porter à leur tour l’habillage de l’ennemi rouge[8], l’ennemi adouci n’est cependant plus aussi cruel.
 
La disparition de l’URSS a provoqué, selon Philippe Barbé,  une crise identitaire et le besoin d’un ennemi de substitution : les narcoterroristes de l’Amérique latine et les impérialistes japonais ont eu momentanément ce rôle à Hollywood. Philippe Barbé n’indique pas de films mais évoque un article, « The Danger from Japan » écrit dans le New York Times Magazine en 1985. Mais, la « paranoïa anti-japonaise » s’estompe rapidement. C’est à ce moment que le terrorisme très spécifiquement moyen-oriental ou musulman devient le nouvel ennemi cinématographique (et politique) dans l’imaginaire états-unien[9]. A cette menace terroriste s’ajoute une nouvelle scénographie des catastrophes naturelles. Hollywood a produit une pléthore de films apocalyptiques où les tornades, les ouragans ou autres éléments déchainés détruisent le monde. Les armes de destruction massive sont également une source d’inspiration avec leur utilisation par des savants fous, des néo-nazis ou autres personnages instables. Des menaces d’autant plus inquiétantes qu’elles semblent toutes arbitraires, imprévisibles voire incontrôlables[10].
 
 
2.          De la représentation de sa propre hyperpuissance à celle de sa destruction
 
Philippe Barbé interprète ces incarnations du Mal comme un miroir à l’incarnation du Bien superpuissant dont New York semble en être l’emblème  puisqu’elle réunit grand nombre de symboles de la puissance états-unienne. Les attentats du 11 septembre 2001, actes de terreur contre la démesure des Twin Towers, l’« arrogance d’une civilisation considérée comme séculaire et décadente » confirment ce symbole de l’hégémonie des Etats-Unis. Fort présents dans la scénographie hollywoodienne[11]et dans l’imaginaire collectif états-unien, cette superpuissance est d’autant plus marquée qu’elle est souvent associée à une menace de destruction.[12]La verticalité « outrancière » des Twin Towers induit donc, selon le philosophe Jean Baudrillard, une « fascination ambigüe » des Etats-Uniens, une « envie secrète de les voir disparaitre ».
 
Alors que Hollywood n’a jamais imaginé la destruction des Twin Towers, les attentats du 11 septembre 2001 ont commis « l’impensable » provoquant un traumatisme collectif. Cependant, Philippe Barbé note que le traumatisme est toujours le résultat d’un processus, non d’un évènement en soi. La violence symbolique imposée par la surmédiatisation de l’évènement sans aucune prise de recul est à l’origine de ce traumatisme. Ainsi, « la répétition compulsive de ces mêmes images », la « fixation à l’expérience» où chaque visualisation est un nouveau choc émotif, a été ce processus traumatisant. Philippe Barbé explique cette « paralysie » d’une part par la banalisation de l’information aux Etats-Unis où les faits divers se sont substitués aux nouvelles internationales[13]et d’autre part par le mythe de l’invulnérabilité des Etats-Unis.
 
Par ailleurs, ces attentats ont exacerbé une « logique de la violence et de l’incertitude ». L’absence de sens de ces attentats aux yeux des Etats-uniens, qui n’en comprennent pas le message détourné,  et ne connaissent  pas clairement les coupables, est perceptible dans le passage des « attentats du 11 septembre 2001 » à la notion générique de « 911 » qui, symbole d’urgence, représente une violence rhétorique qui maintient un climat d’effroi.
 
3.          La thèse du « choc des civilisations » : révélateur d’un climat d’anxiété
 
 
Premier intellectuel a avoir clairement établi un lien de causalité entre la disparition de l’URSS et la nécessité d’une menace de substitution, Huntington est convaincu que la victoire de l’Occident a produit son épuisement, et véhicule ainsi la peur de le voir décliner ou périr. Philippe Barbé contredit cette idée puisque, selon lui,  « ces théories de la pluralité concurrentielle des civilisations rythment l’histoire du XXème siècle » et apparaissent dans des périodes de crise ou de conflit.[14]Obsédé par l’idée d’un déclin démographique de l’Occident, il déplore la « déchristianisation » de l’Europe et enjoint les Etats-Unis à faire face à l’expansion de l’islam, en partant du principe que tout ce qui est gagné par l’islam est perdu pour l’occident chrétien.
 
Cependant, insiste Philippe Barbé, Huntington fait état de deux menaces distinctes mais articulées entre elles : les ennemis du dehors et les ennemis du dedans. Il postule ainsi qu’une civilisation n’est forte, dominante sur la scène internationale qu’à condition de rester homogène et identique à elle-même, et donc dénonce le multiculturalisme comme un « suicide culturel » puisque la rencontre de civilisations authentiques ne peut déboucher que sur la perte de soi, l’incompréhension voire le conflit. Huntington dénonce ainsi le prétendu afrocentrisme des communautés noires états-unienne qui donneraient plus d’importance à leur origine africaine. Il fustige avec violence les communautés hispaniques qui dénatureraient l’identité nationale états-unienne et seraient l’équivalent de la communauté musulmane en Europe.
 
Philippe Barbé décentre enfin son étude pour expliciter l’ « huntingtonisme à -la-française ». La thèse du « choc des civilisations » a eu un écho particulier en France où le « péril musulman », issu de l’immigration, fusionne d’une part l’ennemi du dedans et l’ennemi du dehors et d’autre part l’islam et l’islamisme dans un scénario catastrophe sur le thème de « la Patrie en danger ». Philippe Barbé note cependant que ce rejet des musulmans est paradoxal : accusés d’être « trop absents et trop présents à la fois », ils demeurent une menace alors même que la formation d’un secteur d’opinion arabo-musulman dans la politique française devrait constituer la preuve d’une intégration réussie.   A la différence des Etats-Unis,  l’émergence d’un choc civilisationnel  en France est consécutif au conflit israélo-palestinien: la « nouvelle judéophobie »[15]serait une forme d’antisémitisme où l’ennemi sioniste se serait substitué à l’ennemi juif. Cet antisémitisme musulman trouverait chez les jeunes musulmans de France un terrain très fertile. L’alliance judéo-chrétienne permettrait ainsi dans l’adversité de combattre ce nouveau antisémitisme. Mais, Philippe Barbé réfute l’idée d’une telle alliance puisque le fait d’englober la judaïté dans le bloc occidental ne permet pas de penser une civilisation juive. Cette alliance pourrait donc aboutir à un déséquilibre où le « judéo » disparait au cours d’un processus d’assimilation des juifs à l’Occident.
 
Ainsi, la thèse de Samuel P. Huntington a le mérite, sinon de retranscrire une réalité orientée, de mettre à jour le malaise aussi bien aux Etats-Unis qu’en France qui se nourrit de la question sensible et politisée de l’étranger, ou de l’ennemi. Dans un contexte où les identités nationales sont sujettes à des évolutions nombreuses et surtout rapides, la menace d’un danger extérieur est souvent une possibilité de cohésion.
 
Médiations méditerranéennes ?
 
Philippe reproche à Huntington de ne concevoir l’histoire qu’à travers le prisme de l’immuabilité. Prétendant qu’une civilisation ne peut survivre qu’en restant identique à elle-même, Huntington s’emploie à parcelliser l’histoire, à fixer les identités et les civilisations, rendant ainsi impossible toute conceptualisation de la Méditerranée.
 
1.          Quelles frontières ?
 
 Alors que Huntington tente de penser la « refonte » de « l’ordre mondial » à partir des frontières civilisationnelles, Philippe Barbé remarque qu’il conserve une base nationale, visible dans la définition implicite qu’il offre du terme « frontière ». Dérivé de l’adjectif « frontier », « faire face », le terme perd, dès la Renaissance, son sens strictement géographique au profit d’une conception politique, qui assigne le long de lignes souvent abstraites et imaginaires, les domaines distincts de compétence des Etats. Cette linéarisation des frontières fait du territoire national « la seule incarnation physique et légale de l’identité nationale ». Ces lignes  se définissent généralement par rapport à un centre, « lieu du Même » et, instituant une disjonction nette entre l’espace du dedans et celui du dehors, elles se caractérisent aussi par leur étanchéité. Ainsi, l’entité nationale se base sur une force centripète qui rassemble et fait graviter autour d’un centre des entités infranationales. Philippe Barbé remarque dans le modèle de Huntington la présence « d’une double perspective nationale et civilisationnelle » qui s’efforce de naturaliser  des frontières politiques fixées momentanément. C’est d’ailleurs grâce à l’introduction de la notion d’« Etat-noyau » que Huntington trouve un équilibre entre ces deux perspectives : une civilisation serait constituée d’un Etat-noyau, modèle  et centre autour duquel gravitent les autres Etats d’une même aire civilisationnelle. La vision binaire de Huntington impose ainsi à  la Turquie ce rôle d’Etat-noyau, qui manquerait à l’islam, évacuant l’histoire européenne de la Turquie.
 
 Philippe Barbé développe une autre représentation du terme « frontière », qui,  « lieu aporétique de conjonction et de disjonction », est par essence, « soumise à l’éventualité de sa disparition ». Il explique ce double mouvement: Si le terme anglais « boundary » traduit l’idée de tracé politique linéaire et invisible, il s’oppose à « frontier », « frange pionnière », qui implique un mouvement dans l’espace, « la possibilité d’un dépassement du seuil ». Ces deux termes sont cependant complémentaires et co-dépendants. Si l’existence d’une frontière linéaire signifie  automatiquement la présence d’une frontière zonale, l’existence de cette dernière remet en question la perméabilité de la frontière linéaire. De par sa situation marginale, souvent isolée du centre, la frontière zonale exprime d’avantage une ouverture en direction du territoire de l’autre, et, grâce à sa force centrifuge qui transcende le tracé linéaire, elle représente ainsi un espace de conjonction qui s’oppose sans l’annuler à la nature disjonctive de la frontière linéaire.  Plus encore, reprenant la pensée braudelienne de l’ « histoire au long souffle », Philippe Barbé confirme l’ouverture effective et nécessaire de toute civilisation sur les apports extérieurs, qui troublent l’idée de « sa prétendue unité organique ». Redonnant toute sa place à la notion de « marge », évacuée par Huntington au profit du « centre », l’auteur affirme que « les traits, phénomènes ou tensions les plus caractéristiques des civilisations » se trouvent le plus souvent dans leurs marges. C’est d’ailleurs dans ces marges et dans la transgression de leur frontières que les civilisations, fondamentalement identiques à elles-mêmes et « imperturbables en leur cœur », peuvent néanmoins trouver leur dynamisme, leur vitalité.
 
2.          « Méditerranéiser la pensée »
 
Expression empruntée au philosophe Edgar Morin, elle encourage à stimuler une pensée « du Midi », nuancée et subtile qui déconstruit la vision linéaire et immuable des civilisations et des identités afin d’entrevoir « l’unité, la diversité et les oppositions », les « complémentarités et les antagonistes ». Si Huntington  ne comprend l’espace méditerranéen  qu’en effectuant une séparation nette entre les trois civilisations qui le composent, sa modélisation survalorise la variable religieuse et occulte tout un pan de  l’histoire. L’émergence de l’Occident « euro-américain moderne » a été synonyme de mort de l’Occident méditerranéen archaïque pour Huntington. Peu prolixe sur  le  monothéisme méditerranéen commun aux trois civilisations-religions, Huntington ignore que « l’Occident et l’islam  se sont mutuellement reconstruits au miroir méditerranéen de leurs différences ». « Ennemis complémentaires », comme l’affirme l’ethnologue Germaine Tillion, « l’Occident a inventé et vécu les croisades ; l’Islam a inventé et vécu le djihad. »
 
Cette fluidité méditerranéenne est visible et acceptable que si l’on considère un nouveau rapport avec l’Autre civilisationnel, non plus seulement comme ennemi. Philippe Barbé introduit, à cet effet, une réflexion sur l’ « étranger » dans la pensée grecque antique : la notion d’étrangeté « n’assimile pas parfaitement l’identité à l’intériorité et l’altérité à l’extériorité ». Ainsi, « la frontière entre le dedans et le dehors de la socialité » est beaucoup plus fluide et perméable, puisqu’il existe un degré d’étrangeté, des formes intermédiaires « de proximité dans la  différence » : les métèques sont les étrangers du dedans, les barbares sont ceux du dehors, alors que les proxènes,  ancêtres des diplomates et des ambassadeurs sont quant à eux des « Grecs du dehors »; il existe aussi les barbares hellénisés, les périèques, voisins barbares, les barbares excentriques. Reprenant les écrits de Braudel, il rappelle également la tolérance de la civilisation phénicienne qui a su s’ouvrir sur la pluralité de ses apports tant occidentaux qu’orientaux. Ainsi le décentrement de cette civilisation de Tyr à Carthage serait  la preuve de sa capacité à « se projeter vers le territoire de l’autre », et donc à survivre.
 
Alors que Huntington et sa conception centripète de la civilisation ne voient dans la Méditerranée, qu’une partie intégrée de l’Occident, hermétique à l’islam, Philippe Barbé sur les traces de Fernand Braudel, insiste sur l’importance du tricontinentalisme méditerranéen qui refuse le rattachement de cet espace à un ensemble dominant, puisque l’identité méditerranéenne reste une « unité transitive qui ne peut s’expliquer que dans son lien insécable avec le Divers ».En plus de la triple appartenance afro-euro-asiatique, cet espace est régi par les équilibres et les tensions entre la mer et ses rives : la Méditerranée est ouverture sur l’autre et repli sur soi, mouvements concomitant de conjonction et de disjonction qui se retrouve dans les iles de la Mare nostrum où l’« attachement passionné à la terre », propre à l’insularité côtoie l’attirance prononcée vers « l’espace de la mer ».
 
3.          « Penser la Méditerranée » : choc ou médiation ?
 
L’image d’une Méditerranée conflictuelle est très claire à la lumière de la Turquie, un des rares pays à être cité dans la thèse du « choc des civilisations ». Convaincu de l’incapacité naturelle « de toute nation à devenir un pont entre plusieurs civilisations », Huntington décrit la Turquie comme un pays schizophrène, infecté par le métissage intercivilisationnel dangereux qu’a provoqué le modèle politique kémaliste, en dénaturant l’héritage musulman avec un projet de civilisation calqué sur l’Occident.  La différence absolue entre ces deux modèles serait le symptôme d’une maladie identitaire grave. Le même constat est fait en Europe où la présence de l’islam n’est pas vu d’un bon œil par Huntington et nombre d’intellectuels et politiques européens, qui redoutent la « contamination de l’espace civilisationnel de l’Occident par l’islam et non seulement par la montée en puissance de l’islamisme.  Quant à la question de l’éventuelle adhésion à l’Union européenne de la Turquie, l’argument simpliste qui nie l’attachement géographique de la Turquie à l’Europe dévoile, comme la thèse de Huntington «une peur phobique du contact, du partage et de l’échange ».   
 
 
Si Philippe Barbé ne renseigne pas sur une médiation concrète entre les rives méditerranéennes, il aborde toutefois le rôle inhérent de médiateur de l’espace méditerranéen comme semble le suggérer l’étymologie du mot en latin, « mer entre les terres » ou encore en arabe, « al-bahr al-muttawassit », littéralement mer médiatrice, médiane. Espace commun entre trois marges civilisationnelles où les identités s’enchevêtrent. Alors que la Méditerranée subit une « double logique sécuritaire et néocoloniale » au travers du Partenariat euro-méditerranéen : à la fois « le brouillage des frontières entre Orient et Occident et le renforcement des lignes de défense de l’Europe vis-à-vis de son environnement immédiat » affirme Philippe Barbé, citant la politologue Béatrice Hibou. Plein d’utopie comme l’avoue l’auteur, l’idée d’une médiation méditerranéenne semble pourtant difficile à entrevoir, puisqu’il reconnait que la Méditerranée est sans doute la ligne de fracture civilisationnelle la plus forte entre l’Orient et l’Occident.
 
 
Cependant, l’Union européenne, en tant qu’institution multilatérale tournée vers le dialogue est un espace de médiation qui assure la paix entre les Etats, et transcende les identités civilisationnelles figées définies par Huntington. Ainsi, la Grèce, pays orthodoxe est européenne depuis déjà 30 ans et alors qu’elle reste l’ennemi héréditaire  de la Turquie, elle est son meilleur allié dans la promotion de son adhésion à l’Europe. Philippe Barbé interprète cette attitude par la conviction de la Grèce que la puissance médiatrice européenne pourrait  permettre de régler les nombreux  litiges qui l’oppose à la Turquie. Enfin, il établit un parallèle qui clôture sa pensée sur un possible dépassement de la thèse du « choc des civilisations » en Méditerranée : Si, comme le pensait Paul Valéry, la survie de l’esprit européen passait en 1938 par sa projection sur le continent américain, on peut émettre l’hypothèse selon laquelle l’Europe devrait maintenant se tourner vers ses rives méditerranéennes, en se détournant de sa rive atlantique exclusive.
 
A travers la présentation du penseur braudelien, la Méditerranée devient le contre-exemple de la civilisation huntingtonienne. Modèle non seulement possible mais qui a déjà fait ses preuves dans le passé, la Méditerranée est un espace qui a connu certes des conflits mais également beaucoup d’échanges non-belliqueux. Si le présent semble apparemment donner raison au « choc des civilisations », Philippe Barbé estime possible un futur méditerranéen, à condition de dépasser la vision d’hostilité et de concurrence de  l’« autre ».
 
 L’ouvrage de Philippe Barbé restitue méticuleusement la complexité de la nature des civilisations et de leurs relations, en décryptant soigneusement la thèse de Samuel P. Huntington. Loin d’être une pensée isolée, l’auteur cherche à recréer et étudier le contexte de cette représentation  pessimiste et éclaire le mal-être de l’Occident, face à un monde en évolution rapide  et permanente. Ce livre est d’autant plus enrichissant qu’il impose une « pensée complexe » ou « du Midi » comme le définit Edgar Morin. Cette pensée que Huntington assimile au « chaos » puisqu’il favorise la simplification à des fins intelligibilité, ne peut être qu’un bienfait pour la pensée occidentale qui craint cette complexité pourtant moins meurtrière quand il s’agit de penser les identités. Cette pensée de la nuance qu’utilise Philippe Barbé est surement un  premier pas  vers une harmonie possible entre les civilisations, en premier lieu en Méditerranée.


[1] Philippe Barbé remarque que Huntington ne définit que huit civilisations alors que sa carte en révélait neuf et ses définitions sont pour le moins réductrices (3pages en tout pour l’ensemble des civilisations).
[2]  L’auteur cite deux exemples: le G7 inclut le Japon et l’OTAN compte la Grèce orthodoxe et la Turquie musulmane
[3] Le christianisme est largement présent en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique Latine
[4] Année de l’entrée en Irak des troupes états-uniennes qui avaient suscité de vives réactions de par l’absence de soutien de l’ONU.
[5] Huntington ne considère que les conflits ethniques pour valider la thèse d’un choc civilisationnel. Il ne prend donc pas en compte les conflits non-ethniques et les interactions humaines pacifiques.
[6] Trois films cités:  The Day the Earth Stood still de R. Wise, Them de G. Douglas et Invasion of the Body snatchers de D. Siegel 
[7] L’auteur cite deux acteurs : Dolph Lundgren ( A View to a Kill, Rocky IV) et Arnold Schwarzenegger ( Conan the Barbarian, Terminator, Red Heat)
[8] Sean Conery est un amiral soviétique dans Hunt for Red October, et Harrison Ford est un capitaine soviétique dans K-19
[9] L’auteur ne cite aucun film. Voir le documentaire Hollywood et les Arabes de l’universitaire Jack Shaheen
[10] The Peacemaker de Nicola Meyer, Twister de Jon de Bont, The perfect Storm de Wolfgang Petersen, Volcano de Mick Jackson.
[11] Deux versions hollywoodiennes de King Kong : scènes finales au sommet de l’Empire State Building en 1933 et  d’une des Twin Towers en 1976
[12]  Deep impact ou Armageddon mettent en scène la destruction de New York par des météorites, les Twin Towers sont les seuls bâtiments à resister
[13] Ainsi, on compare les attentats du 11 septembre 2001 à l’attaque japonaise sur Pearl Harbor mais pas aux attentats perpétrés à l’étranger contre les interets états-uniens par des terroristes islamistes (Kenya, Tanzanie, Yémen)
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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 21:09

http://www.e20romagna.it/public/articoli/orchestra_di.jpg     Orchestra piazza Vittorio, West-Eastern Divan Orchestra, National Youth Orchestra of Iraq...Les orchestres multiethniques et/ou multiconfessionnels apparaissent comme un nouveau moyen d'encourager le dialogue, dans des contextes où l'indifférence voire l'hostilité sont les maîtres-mots de  la rencontre avec l'Autre.

 

      Cette expérience musicale a été popularisée par le chef d'orchestre italien Mario Tronco. Grand défi que de réunir des musiciens du monde entier juste après le 11 septembre 2001. En effet, le chef d'orchestre raconte les difficultés de rassembler des personnes souvent issues de l'émigration, alors que la peur de l'étranger, du non-national semble gagner du terrain. C'est le cas dans le quartier romain multiethnique de l'Esquilino, dont la place centrale est piazza Vittorio. Ici, les personnes sont méfiantes et quand Mario Tronco se met à la recherche de musiciens, il est souvent pris pour un policier en civil en quête d'individus sans papiers de séjour.

 

      C'est ainsi que naît l'Ochestra di piazza Vittorio, en 2002, avec des musiciens de tous les continents, de l'Inde à la Hongrie, de la Tunisie au Brésil en passant par le Mali! La musique devient un langage universel, une véritable langue qui fait la part belle aux émotions, souvent cachées derrière les convictions, les fois de chacun, ces-dernières étant beaucoup plus difficiles à harmoniser. Depuis, de nombreux orchestres dits multiethniques s'épanouissent en Italie, et s'invitent dans de nombreux festivals qui leur réservent un large succès.

 

      Ces orchestres avant-gardistes sont d'autant plus réjouissant qu'ils offrent à voir une autre réalité, sans doute plus positive, de la mondialisation et du métissage culturel qu'elle engendre. Le symbole n'est pas des moindres, notamment quand on observe les politiques sécuritaires de l'Europe, et l'accueil qui est fait aux émigrés maghrébins qui fuient la violence de leur pays.

                                                                                                                                                                                                       http://www.musicweb-international.com/classrev/2006/Jan06/ramallah_2564627922.jpg                

     Cette expérience orchestrale originale a également été imaginée par Daniel Barenboïm et feu l'intellectuel américain d'origine palestinienne Edward Saïd afin de réunir des jeunes proche-orientaux, toutes ethnies et confessions confondues, qui subissent de plein fouet le conflit israélo-arabe, noyau dur de l'instabilité dans la région. Le West-Eastern Divan Orchestra est un projet ambitieux dans un contexte de conflits et de guerres incessants depuis maintenant plus de soixante ans, où l'hostilité, voire la haine, et l'incompréhension ont fini d'ériger des murs entres les communautés.

 

    L'orchestre prouve à ces jeunes, à leurs communautés et plus largement au monde, qu'il est possible de "vaincre l'ignorance", "d'être soi mais d' écouter  l'autre", selon les propos du chef d'orchestre Daniel Barenboïm. Message d'autant plus fort que ce conflit  politique n'a de cesse d'étouffer la volonté des peuples à vivre en paix.

 

Le chef d'orchestre ne cache d'ailleurs pas la portée presque politique de la formation musicale qui s'accorde aux partitions multi-scalaires du conflit: "Le conflit israélo-arabe est très particulier et très complexe, il est à la fois local - deux peuples se battent pour la même terre - et concerne le monde entier, la création de l'orchestre est liée à ce paradoxe."La musique est alors le point de croisement entre l'Orient et l'Occident, l'instant où la complémentarité des deux mondes devient une évidence pour chacun: "La dualité orient et occident fait profondément partie de la musique, à la fois sensuelle et savante, c'est ce qui lui permet d'exprimer ce qui serait impossible à tout autre langage, y compris la mort, et aimer la chanter". Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'orchestre a choisi de répéter en Andalousie, qui rayonne dans l'Histoire comme un pôle de l'Islam, en tant que civilisation, qui a su rèvéler les talents artistiques des trois religions et cultures de la Méditerranée.

 

 http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0a/National_Youth_Orchestra_of_Iraq_logo_2011.jpg                                                        

     De la même façon, mais au niveau national, le National Youth Orchestra of Iraq, créé il y a seulement trois ans par un pianiste de Bagdad âgé de 17 ans rassemble trente-trois musiciens de différentes minorités ethniques (arabes, kurdes...) et confessionnelles (musulmans sunnites et chiites, chrétiens...) qui swe retrouvent souvent opposés les uns aux autres. Une trentaine de jeunes musiciens qui peuvent oublier la violence, la guerre qui s'acharnent sur le pays depuis des décennies. Oublier et partager ensemble un amour inconditionnel pour la musique.

 

     Ainsi, ces jeunes symbolisent une Iraq réconciliée, une Iraq brillante comme elle l'était avant d'êre littéralement anéantie par la guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





 

 

 

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 15:00
     Beau reportage qui suit Abdul Rahman al-Marwani, président de l'association Dar as-Salam ( Maison de la Paix ) dans ses missions de médiation entre deux  tribus qui se disputent une parcelle de terre. Dar as-Salam tente ainsi d'enseigner "le langage de la paix"  dans le monde tribal yémenite pour écarter les éffusions de sang.

     Le Yémen est un monde où l'ordre tribal est resté très fort malgré l'instauration d'un pouvoir central. Cependant, la région du nord-est est d'avantage marquée par cette organisation sociale. En se rapprochant de San'â, cette structure sociale s'estompe sans jamais disparaître pour autant. L'organisation tribale lie les membres d'une même tribu par les liens d'asabiya, décrit par l'historien arabo-andalou Ibn Khaldûn. L'asabiya, qui se fonde sur le lien de sang, réel ou imaginé, la référence à un ancêtre commun et un territoire est ce que l'on appelle communénement la solidarité tribale. Une injure faite à un membre est ainsi une injure faite au groupe et peut soit se règler rapidement avec l'aide d'un intermédiaire, soit dégénérer en vendetta sans fin.

      On comprend alors toute l'ampleur du travail de l'association Dar as-Salam qui s'efforce d'affaiblir l'organisation sociale ancéstrale des tribus afin de favoriser l'émergence d'un dialogue entre elles, qui se substituerait aux armes.
 
Abdul Rahman al-Marwani sensibilise également des écolières sur l'islamisme et le terrorisme et promeut un islam tolérant et pacifique dans ce pays marqué par la violence des rebelles islamistes.

 

Yémen : l’art de la paix

De Yann Le Gléau et Sébastien Mesquida

ARTE GEIE / What’s up Productions – France 2011 

 

 

 

Pour en savoir plus:

 

l' 'asabiya d'Ibn khaldoun:

 

http://oumma.com/Ibn-Khaldoun-les-modernes-et-la

 

les conflits tribaux au Yémen:


http://ema.revues.org/index1042.html 

http://www.crin.org/resources/infodetail.asp?id=24080

 

l'association Dar as-Salam:

 

http://nationalyemen.com/2010/10/31/dar-al-salam-organization-holds-islamic-peace-workshop-for-tribal-sheikhs/

 

 

 

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  • Lola Gazounaud
  • Je suis étudiante en langue & civilisation arabe à Paris. Passionnée de l'espace méditerranéen, je rassemble les connaissances me permettant de mieux appréhender cette région du monde.
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