Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 20:20

 

          La langue a souvent été dans l'histoire un enjeu identitaire et politique fondamental. En sillonant les rives méditerranéennes, on peut distinguer des parcours linguistiques bien différents.

 

          La langue française est utilisée dés le XVIème siècle pour unifier un territoire où les peuples sont ethniquement et linguistiquement très variés. L'ordonnance de Villiers-Cotterêts édictée par François premier est l'acte fondateur de la primauté de la langue française (au détriment du latin). Cependant, la langue française reste une langue minoritaire. Dans son rapport en 1794, l'Abbé Grégoire révèle que seulement 3 millions de Français parlent la langue française sur un total de 28 millions.Les Français ne parlent pas la langue de la Révolution. A cette époque, la langue française est déjà majoritairement parlée au Canada. Il aura fallu des siècles et de nombreuses lois pour que la langue française s'impose, et en 1863, les parlers locaux occupent encore une grande partie du territoire français, selon une enquête officielle du ministère de l'Instruction publique.Le XIXème sera dècisif: la loi Guizot de 1833, qui organise, entre autres, l'enseignement primaire public, les lois Ferry, qui instituent l'école gratuite, laïc et obligatoire donne un élan considérable à la diffusion de la langue française, langue nationale.

 

          La langue italienne, bien que langue nationale parlée de tous ne constitue pas un ciment identitaire comme peut l'être la langue française. Les dialectes ou langues régionales demeurent  des vecteurs d'identité considérables. L'histoire italienne explique bien cette situation: l'unification italienne en 1861 reste rècente à l'èchelle de l'histoire, et son symbole ne semble pas mobiliser la nation italienne. En tant que Français, il peut sembler pour le moins étrange que l'Etat italien n'est pas fêter le centième anniversaire de l'unité italienne, quand nous célébrons ici, le 14 juillet tous las ans en grande pompe! L'unité italienne est en effet fragile comme le montre la persévérance de certains partis sécessionnistes, et la fracture nord-sud est plus visible que jamais.

 

 

        Si l'on considère la langue arabe, c'est une autre histoire qui s'ouvre à nous. Langue de la Révélation, elle constitue immédiatemment un élément identitaire religieux. La tradition orale de la péninsule arabique, et les variétés linguistiques menacent l'unité de la Umma, communautès des croyants. Très tôt, le Qur'an (littéralement la Récitation) souffre de versions disparates, et c'est 'Uthman, le deuxième khalife qui décide mettre à l'écrit ce qui deviendra le texte fondateur de la communauté musulmane. La dynastie omeyyade diffusera la langue de la Rèvélation à travers ses vastes conquêtes territoriales. L'arabisation de l'adminsitration (qui utilisait la langue des populations locales), la grammaticalisation de la langue, fait de nombreux scientifiques arabes consacrent la langue arabe comme langue littéraire, scientifique, artistique extrêmement riche et qui favorisa la diffusion des connaissances de Samarcande jusqu'à Cordoue, de Palerme à La Mecque. C'est à travers cette langue que le peuple arabe, retrouve son unité au XIXème et surtout au XXème siècle. L'intellectuel libanais maronite Boustros al-Boustani appelle au rayonnement de la langue et de la littérature arabe. L'arabisme est né, le nationalisme arabe est en route.

 

        Ces langues sont donc autant d'enjeux politiques. Le printemps berbère de 1980, l'interdiction actuelle d'enseigner la langue kurde en Syrie, les actions de l'Organisation internationale de la Francophonie pour la diffusion de la langue française, le débat existant dans le monde arabe sur l'avenir de la langue classique arabe et la prèdominance des dialectes (ou langues) nationaux...Difficile alors d'imaginer une langue dénuée d'identité exclusive quand on parcourt la Méditerranée.

 

         Cependant, une langue, restée aux oubliettes, dément cette affirmation. Retournons quelques siècles en arrière, avant l'avènement des nationalismes, qui, poussés à leur paroxysme, nous ont en quelques sortes dépossédé d'une histoire qui lie pendant un temps nos rives méditerranéennes: l'histoire de la Lingua Franca, que Jocelyne Dakhlia, directrice d'études à l'EHESS, retrace dans son ouvrage Lingua franca, histoire d'une langue métisse en Méditerranèe. Une langue véhiculaire, très pragmatique, qui permet aux commerçants méditerranéens de communiquer. Cette langue est le fruit des Croisades, longue confrontation violente et cohabitation entre les Franjs et les Arabes en terre sainte. Mélange de langues majoritairement romanes, elle emprunte peu aux langues sémitiques ou turque. C'est avant tout une langue neutre, nous dit l'auteure, ce qui explique son utilisation généralisée, et l'absence de résistance, elle ne constitue aucune menace identitaire. La Lingua franca est ainsi une marque de métissage, de dialogue qui contredit l'idée actuelle d'une fracture entre les rives, d'une frontière infranchissable, d'une confrontation entre deux civilisations antagonistes. Deux mondes où les pouvoirs successifs se sont presque toujours opposés, certes, mais où la créativité, le commerce, l'échange de savoirs et des sciences n'ont eu de cesse de s'épanouir.

 

 

Voici ci-dessous un entretien avec Jocelyne Dakhlia, vidéo des Archives Audiovisuelles de la Recherche (AAR), Fondation maison des sciences de l'homme

 

Pour en savoir plus sur la Lingua franca:

 

http://www.archivesaudiovisuelles.fr/FR/_video.asp?id=1871&ress=6079&video=129140&format=68

 

 

http://www.archivesaudiovisuelles.fr/FR/_video.asp?id=1871&ress=6079&video=129140&format=68

Partager cet article

Repost 0
Published by Lola Gazounaud - dans Questions de langues
commenter cet article

commentaires

Présentation

Profil

  • Lola Gazounaud
  • Je suis étudiante en langue & civilisation arabe à Paris. Passionnée de l'espace méditerranéen, je rassemble les connaissances me permettant de mieux appréhender cette région du monde.
  • Je suis étudiante en langue & civilisation arabe à Paris. Passionnée de l'espace méditerranéen, je rassemble les connaissances me permettant de mieux appréhender cette région du monde.

Recherche