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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 09:22

Beaucoup de voix s'élèvent, dans diverses parties du monde, pour affirmer que la "capacité civilisatrice"  de la femme est négligée. Et tant qu'il en sera ainsi, les sociétés humaines ne pourront pas connaitre véritablement d'harmonie, de vraie justice, de progrès significatif. Pourtant, force est de constater que, quelques soient les sociétés, traditionnelles, religieuses, rationnelles ou laïques, la femme demeure bien souvent dominée par les hommes et leurs lois.

 


Il peut  être rasssurant de penser que l'islam est obscurantiste à l’égard du rôle de la femme dans la société, cela permet, d'une certaine façon de dissimuler notre propre limite.  Ainsi, certains « experts » tendancieux de l’islam s’accordent avec les musulmans rigoristes, ceux-là même qu’ils dénoncent, en affirmant que l’islam est par nature intolérant et asservissant envers la gente féminine.


Asservissant…Humm, c’est intéressant, car si le voile peut constituer une forme de domination masculine, - non pas dans le sens où il est systématiquement imposée par l’homme (beaucoup de femmes musulmanes font ce choix seules), mais dans la mesure où le voile est une réponse à la dite « faiblesse » de l’homme (pourquoi ce ne serait pas à l’homme de contrôler ses passions) - nos sociétés chrétiennes ou laïques se placent au moins sur la deuxième place du podium. Pourquoi ? Voyons voir…Allons sur google image, tapons le mot « infirmière » ou « policière » et constatons l’image de la femme dans nos sociétés libres. Résultat : la femme est à l’image de la fantaisie masculine, un objet avant tout sexuel. La même expérience avec le mot « pompier » (le pompier étant considéré comme un fantasme féminin) n’aboutit pas à ce résultat.


La femme avec le voile ou en tenue d’infirmière sexy demeure toujours un corps, à cacher ou à exhiber. Un voile pour ne pas exciter les passions masculines ou une tenue aguichante pour à l’inverse les faire surgir ! Dur de choisir entre ces deux extrêmes, finalement peu flatteurs ! Notons pour alléger notre propos (l’humour est toujours de circonstance !) que les femmes les moins chanceuses dans tout ça ce sont les blondes (dont je fais partie) qui sont à la fois les pires démons, véritables incarnations du sheitan (diable) et en même temps les corps les plus érotisées pour ne pas dire pornographiées, puisqu’on leur prête en général l’intellect d’un moineau (les innombrables blagues sur les blondes en attestent !)


Nous pourrions revoir ensemble les sourates XXXIII (verset 59) et XXIV (verset 31) qui éclairent cette question du voile, mais la scène politique française les a tellement exploitées, pas toujours à bon escient d’ailleurs, que j’aime autant renvoyer à la page « voile islamique » du site « portail religion »  qui explique très bien l’histoire du voile et qui a le mérite de rappeler que le port du foulard existait déjà dans le christianisme, ce qui est toujours utile. En effet, si l’érotisation de la femme est aujourd’hui évidente dans les sociétés dites modernes, les femmes portaient le voile il y a encore pas si longtemps que ça, et j’ai, pour cela, le témoignage direct de ma mère qui m’a souvent raconté, à mon plus grand étonnement,  que, dans le village de Bretagne où elle passait ses vacances, sa grand-mère lui demandait de se couvrir la tête pour sortir, qu’il s’agisse d’aller à l’église ou simplement de se promener dans les rues. Mais passons.


La femme serait donc un corps en puissance. Mais quelle est l’origine d’une telle perception ? Nous serions tentés de pointer du doigt les monothéistes qui, on le sait, ont institué un Dieu unique pour guider des sociétés avant tout patriarcales, au sein desquelles la femme serait synonyme de péché et de tentation. Et non, car enfin, le voile, par exemple, était déjà présent dans les sociétés polythéistes d’Assyrie ou de Grèce. Les monothéismes auraient ainsi emprunté des codes culturels déjà existant au sein des sociétés dans lesquelles ils voulaient s’imposer. Est-ce tout à fait exact ?


Si nous retraçons la vie de Mohammed et de ses enseignements, si nous relisons le Coran, on voit bien que l’islam a tenté une vraie révolution pour le statut de la femme, révolution tellement ambitieuse qu’elle n’a pas su s’intégrer véritablement dans les sociétés dominées par l’homme.  C’est ce qu’explique à merveille le documentaire d’ARTE 2007 Mohammed et les femmes.

 

 


Un documentaire d'Arte 2007 en collaboration avec

Olfa Youssef , Youssef Seddik , Dounia Bouzar , Neila Sellini

 

 

Ainsi, Mohammed était bel et bien un féministe. Etait-il le premier à défendre la cause féminine dans cet univers patriarcal ? Il semblerait que non, car Jésus était venu avant lui pour prêcher la nécessaire intégration du principe féminin afin de parvenir à l’être complet et harmonieux, à l’image du Créateur. La socio-ethnologue Françoise Gange nous raconte dans son ouvrage Jésus et les femmes, les écrits des Evangiles interdits qui dévoilent les enseignements gnostiques de Jésus, un hymne à l'amour spirituel et charnel, à la dignité et au respect de la femme.

 

 

Jésus comme Mohammed ont tenté de rétablir la place de la femme dans les sociétés patriarcales, puisque les principes de paix et de compassion ne peuvent exister qu’au travers d’une unité équitable entre les principes masculin et féminin. A la lumière de la place de la femme aujourd’hui, nous pouvons affirmer, sans trop de peur de se tromper, que les enseignements de ces deux prophètes sont quelque peu tombés aux oubliettes pendant ces deux milles dernières années et se réveillent lentement aujourd’hui.


Mais comment se fait-il que les paroles de Jésus et de Mohammed, bénéficiant pourtant de tant de fidèles, n’aient pas pu véritablement transformer, en tant d’années, la domination masculine et la violence qui en découle ?


Ce n’est peut-être pas dans l’élément religieux qu’est à rechercher cette réponse. L’anthropologie offre alors une explication pertinente, et notamment les écrits de l'anthropologue (entre autres) Françoise Héritier, qui, au travers d’une étude sur la parenté, révèle un système de pensée qui a pour résultat la domination de la femme par l’homme, système de pensée, qui selon elle, est toujours à l’œuvre aujourd’hui.


Ainsi, à une époque où l’homme observe la réalité dans laquelle il évolue, il constate un fait qui traverse toutes les espèces vivantes : la différence de sexes et construit alors deux catégories dans lesquelles s’inscrivent toutes les autres réalités observables, le masculin ou l’identique et le féminin, le différent.


Un autre fait vient marquer sa perception sur la réalité qui l’entoure : la capacité de reproduction de la femme qui peut engendrer l’identique et le diffèrent (enfant de sexe masculin et féminin). Une injustice de la nature puisque l’homme ne peut reproduire qu’au travers du corps féminin qui est l’intermédiaire indispensable.

 

Prenant conscience de cette avantage féminin, l'homme aurait ainsi créé, selon l’anthropologue un système de domination où la femme serait réduite à un corps, une « ressource affectée à la reproduction », qu’il s’agirait de contrôler et de s’approprier afin de s’approprier cette capacité reproductrice.


Cela parait simpliste évidemment, car j’énonce ici qu’une version bien réductrice de la pensée tout à fait avant-gardiste de Françoise Héritier. Mais malgré le défaut de cette simplification, de nouvelles portes s’ouvrent et avec elles de nouvelles réflexions. En effet, au dela de l'opposition entre le religieux et le profane, la femme demeure un corps. La femme est avant toute chose un corps à s'approprier.


La pensée de Françoise Héritier éclaire sur le caractère universel de ce système de pensée. Ainsi quelques soient les croyances, les institutions, les imaginaires de nos sociétés, aussi différentes que soient  nos cultures, nous sommes tous marqués et d’une certaine façon,  limités par cette opposition homme/femme, d’où découle la domination masculine, et nous avons tout intérêt à tabler ensemble sur la question, à nous interroger sur nos schèmes de pensée, pour avancer vers un réel progrès humain et l’épanouissement de cette « capacité civilisatrice »  de la femme.


Ainsi, Mohammed était un vrai féministe, un révolutionnaire. Comme Jésus, il a souhaité voir triompher l’unité des principes masculin et féminin et s’est heurté au pouvoir patriarcal qui n’a eu de cesse de dissimuler son message. Ainsi, plus que jamais d’actualité, les enseignements de ces deux prophètes nous permettent de remettre en question les dites incompatibilités entre nos diverses sociétés et nous rappellent l’apprentissage que notre espèce humaine se doit à elle-même de poursuivre.On a du pain sur la planche!

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Published by Lola Gazounaud - dans Qu'en pensent nos sociétés
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  • Lola Gazounaud
  • Je suis étudiante en langue & civilisation arabe à Paris. Passionnée de l'espace méditerranéen, je rassemble les connaissances me permettant de mieux appréhender cette région du monde.
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