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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 18:12

Transportée par l'enthousiasme, j'ai déjà écrit un article emphatique sur le "19 Princelet street", musée informel de l'immigration et de la diversité.

 

Mais voici que, depuis 2009, un musée britannique des migrations, cette fois-ci institutionnel se profile à l'horizon car, à la traine, pouvait-on penser, les Grands-Bretons ne semblaient pas avoir suivi la tendance internationale.

 

 

Et pourtant c'est un projet "in process" et finalement plutôt avant-gardiste qu'a initié, entre autres, l'ancienne Ministre travailliste de l'Immigration, Barbara Roche. Un musée qui ne souhaite pas "s'embarrasser de murs immobiles" puisque l'ambitieux projet souhaite créer un musée des migrations, à l'image du sujet traité, ce qui donne...Un musée des Migrations migrant! Un musée qui se déplace de ville en ville pour aller à la rencontre de chacun.

 

 

La philosophie est la même que le "19 Princelet street", et, je cite: "If, as we believe, the migration story touches us all, then the idea of housing our museum in a single location seems wrong". Traduction: Puisque le sujet des migrations nous touche tous, l'idée d'un musée situé dans un lieu unique et fixe semble erronée". Clever! Plus de détail dans le dossier en ligne du projet.

 

 

Encore une fois, le thème migratoire est perçu comme l'histoire commune de tous les habitants du Royaume-Uni et, à travers le mot migration est entendu l'ensemble des déplacements depuis et vers le Royaume-Uni ("movement into and out of the UK").

    En voila une chose qui pourrait éclairer l'Outre-Manche, qui malgré des efforts encore timides d'apaiser les cœurs, force est de constater que l'histoire des migrations est souvent considérée comme l'histoire de "nos Autres". Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que l'on reste concentré sur l'"immigration", non pas l'"émigration", ni les "migrations", mais simplement l'"immigration".

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Un peu égocentrique, admettons-le (sans néanmoins se flageller), puisque ce qui nous intéresse finalement, c'est l'arrivée d'étrangers chez nous (immigration), et non, comme le déplorait d'ailleurs Abdelmalek Sayad, le parcours qui mène un individu hors de son propre pays (émigration) et non plus, l'ensemble de la trajectoire migratoire qui donne alors, en version simplifiée:

 

émigration + immigration = migration

 

 

Ainsi, quand le musée britannique à venir parle de "migration", nous ne voyons encore que l'"immigration". Notre musée ne s'appelle-t-il pas la Cité nationale de l'Histoire de l'Immigration?

 

 

Quand le musée migrant anglais souhaite favoriser une "civic integration", nous restons cantonnés au doux mot "intégration" qui nous est cher, même si son usage est cher payé! L'intégration civique fait sens car elle appelle à l'universalisme citoyen alors que la patrie française du fameux universalisme exprime, au travers du terme "intégration", un idéal obsolète et irréalisable, au pire une violente accusation envers une partie de notre société, et donc fatalement un reproche amer de la part de cette partie accusée. C'est à s'y perdre! Et si notre belle langue française charme par son ambiguïté "attendrissante", on ne peut pas nier que le pragmatisme anglais a ses bons côtés et peut parfois éviter les conflits linguistiques et sociaux! Sans offense aucune à la langue de Molière!

 

 

Enfin, les Insulaires bretons perçoivent la migration comme l'histoire de tous, puisque finalement on est toujours le migrant de quelque part, et si on ne le voit pas forcément à premier abord, il faut savoir creuser plus loin dans le passé (" After all, we all have a migrant history:it depends how far back you go.")

 

 

Alors que, et c'est là que le bas blesse, la Cité nationale de l'Histoire de l'Immigration exprime une volonté de reconnaitre "la place des étrangers dans l’Histoire commune". (http://www.histoire-immigration.fr/la-cite/le-projet-de-la-cite, 2e paragraphe: un double défi)

 

Etrangers...Ce mot sonne comme une " douce violence" ( je reprends encore les mots d'Abdelmalek Sayad) car enfin si ce lieu de mémoire a compris l'importance d'un travail symbolique à effectuer, le symbolisme du mot "étranger" pour parler de l'histoire de l'Immigration n'a pas finit de nous diviser!

 

Moi j'dis: Migrant, moi? C'est toi qui l'as dit, c'est toi qui l'est!

 

 

Trêve de plaisanterie, il ne s'agit pas ici de faire des comparaisons pour alimenter le mythe du "là-bas c'est mieux", car si l'idée d'un tel musée a émergé c'est aussi parce que l'identité nationale n'est pas qu'une seule préoccupation franco-française. L'attention portée à la "Britishness"(l'identité britannique) est grandissante et le dossier de présentation du projet (lien ci-dessus) le dit bien: "British attitudes to migrants are hostile and becoming more so and what people are concerned about are assaults on "their culture"". (L'attitude des Britanniques envers les migrants est toujours plus hostile et c'est de leur culture et de sa possible agression dont les gens se préoccupent)

 

 

Comme on dit en Italie: Tutto il mondo é paese! ( c'est partout pareil)

 

 

Mais, c'est parfois en regardant ailleurs que l'on peut mieux entrevoir nos propres difficultés et donc trouver notre propre façon de les résoudre.

 

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Published by Lola Gazounaud
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  • Lola Gazounaud
  • Je suis étudiante en langue & civilisation arabe à Paris. Passionnée de l'espace méditerranéen, je rassemble les connaissances me permettant de mieux appréhender cette région du monde.
  • Je suis étudiante en langue & civilisation arabe à Paris. Passionnée de l'espace méditerranéen, je rassemble les connaissances me permettant de mieux appréhender cette région du monde.

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